Introduction
L'Ienisseï est un géant des eaux, une artère vitale de la Sibérie et l'un des systèmes fluviaux les plus imposants de la planète. Avec une longueur de près de 5 539 km (depuis sa source la plus lointaine, le Petit Ienisseï), il traverse la Russie sur toute sa largeur, depuis les montagnes de Touva jusqu'à la mer de Kara dans l'océan Arctique. Plus qu'un simple cours d'eau, l'Ienisseï est un symbole de la puissance et de l'immensité de la nature sibérienne, façonnant les paysages, le climat et la vie des populations sur son passage.
Description
Le système de l'Ienisseï est formé par la confluence du Grand Ienisseï (Bolchoï Ienisseï) et du Petit Ienisseï (Maly Ienisseï) près de la ville de Kyzyl, en République de Touva, considérée comme le centre géographique de l'Asie. Il coule ensuite vers le nord, traversant la dépression de Minoussinsk, puis franchit les monts Saïan par les célèbres défilés de l'Ienisseï. Après Krasnoïarsk, il entre dans la plaine de Sibérie occidentale, recevant ses principaux affluents sur la rive gauche : l'Angara (apportant les eaux du lac Baïkal), la Toungouska Pierreuse et la Toungouska Inférieure. Son estuaire, large de près de 50 km, s'étend sur plus de 400 km avant de se jeter dans l'océan Arctique. Son régime est principalement nival, avec des crues spectaculaires au printemps et en été lors de la fonte des neiges et des glaces.
Histoire
Les rives de l'Ienisseï sont habitées depuis des millénaires par des peuples turcophones (Khakasses, Touvas) et des peuples autochtones du Nord (Énètses, Nénètses, Dolganes). Les Russes l'ont atteint au début du XVIIe siècle, avec la construction du fort de Krasnoïarsk en 1628, marquant le début de la colonisation russe de la Sibérie orientale. Le fleuve a servi de voie de pénétration et de commerce majeure. Au XXe siècle, son potentiel hydroélectrique a été massivement exploité par l'URSS avec la construction de gigantesques barrages, dont celui de Krasnoïarsk (la deuxième centrale de Russie par sa puissance) et de Saïano-Chouchensk, ce dernier ayant connu un grave accident en 2009. La région a également été le théâtre du développement du complexe militaro-industriel soviétique et du système du Goulag.
Caracteristiques
Longueur : environ 3 487 km pour le cours principal (Ienisseï proprement dit) et 5 539 km avec le système Grand Ienisseï-Angara-Selenga. Débit moyen à l'embouchure : environ 19 800 m³/s, ce qui en fait le fleuve au plus grand débit se jetant dans l'océan Arctique. Bassin versant : 2 580 000 km² (le 7e au monde). Gel : Le cours supérieur gèle de fin novembre à avril, tandis que l'estuaire reste pris dans les glaces d'octobre à juin. Principales villes : Kyzyl, Abakan, Divnogorsk, Krasnoïarsk, Ienisseïsk, Igarka, Doudinka. Le fleuve est navigable sur plus de 3 000 km et constitue une partie cruciale du Passage du Nord-Est en été.
Importance
L'importance de l'Ienisseï est multiple. Économiquement, il est crucial pour la production d'hydroélectricité, alimentant les industries lourdes (aluminium, mines). Il sert de voie de transport pour les minerais (nickel, charbon) et le bois depuis le cœur de la Sibérie. Écologiquement, son bassin abrite une biodiversité unique (taïga, toundra) mais est fortement impacté par la pollution industrielle historique (notamment du combinat minier de Norilsk) et les barrages qui ont modifié les écosystèmes et le climat local. Culturellement, il est au centre de la vie et des traditions des peuples autochtones. Géopolitiquement, il marque une frontière naturelle et symbolique en Russie. Son rôle dans le contexte du changement climatique et de la fonte de l'Arctique, qui pourrait accroître sa navigabilité, est également de plus en plus étudié.
