Introduction
L'Èbre (en espagnol : Ebro) est l'artère fluviale majeure de la péninsule Ibérique, structurant la géographie et l'histoire du nord-est de l'Espagne. Prenant sa source dans les montagnes cantabriques, il traverse des paysages variés, des hautes terres aux vastes plaines arides, avant de former un delta spectaculaire sur la côte catalane. Fleuve à la fois nourricier et frontière historique, il a été un témoin et un acteur central des civilisations qui se sont succédé dans la région.
Description
L'Èbre naît à Fontibre, dans la communauté autonome de Cantabrie, à environ 880 mètres d'altitude. Son cours, d'environ 930 kilomètres (le plus long d'Espagne), se dirige d'abord vers le sud-est, puis infléchit sa trajectoire vers l'est après avoir reçu les eaux de son principal affluent, le Segre. Il traverse ainsi les communautés autonomes de Cantabrie, Castille-et-León, La Rioja, la Navarre, l'Aragon et la Catalogne. Son bassin hydrographique, le plus vaste d'Espagne (environ 85 362 km²), est délimité au nord par les Pyrénées et la Cordillère Cantabrique, et au sud par le Système Ibérique. Le régime hydrologique est principalement pluvio-nival, avec des crues au printemps (fonte des neiges) et en automne. Son débit moyen à l'embouchure est d'environ 426 m³/s, mais il est fortement régulé par plus de 200 barrages et réservoirs, dont les grands complexes de Mequinenza et Riba-roja.
Histoire
L'Èbre, dont le nom dériverait du latin 'Iberus', a donné son nom à la péninsule Ibérique et à ses habitants, les Ibères. Il a constitué une frontière naturelle et stratégique majeure tout au long de l'histoire. Durant la Deuxième Guerre punique, il marqua la limite des zones d'influence entre Rome et Carthage après le traité de l'Èbre (226 av. J.-C.). Plus tard, il fut une frontière cruciale pendant la conquête musulmane d'Al-Andalus et la Reconquista. Au XIXe siècle, il fut le théâtre de batailles importantes pendant la guerre d'Indépendance espagnole et les guerres carlistes. Son rôle économique s'est intensifié au XXe siècle avec la construction de grands barrages dans le cadre des plans de développement hydraulique, transformant profondément ses plaines en zones de grande irrigation (comme les Bardenas ou le canal d'Aragon et de Catalogne) et modifiant son régime naturel.
Caracteristiques
Parmi ses caractéristiques physiques notables, l'Èbre présente une forte asymétrie de son réseau d'affluents. Les affluents de la rive gauche, descendant des Pyrénées (le Segre, le Gállego, le Cinca), sont plus nombreux, plus longs et plus abondants que ceux de la rive droite, issus du Système Ibérique (le Jalón, le Huerva, le Guadalope). Son cours inférieur traverse la dépression de l'Èbre, une vaste plaine endoréique entourée de montagnes. L'embouchure est marquée par le delta de l'Èbre, un triangle de plus de 320 km² qui avance dans la mer Méditerranée. Ce delta, deuxième zone humide d'Espagne après Doñana, est formé de bras fluviaux, de lagunes, de marais salants, de rizières et de plages de sable. Il s'agit d'un parc naturel d'importance internationale (convention de Ramsar) et d'une zone de protection spéciale pour les oiseaux.
Importance
L'importance de l'Èbre est multiforme. Économiquement, il est vital pour l'agriculture intensive (fruits, céréales, riz) grâce à des systèmes d'irrigation extensifs. Ses eaux sont également cruciales pour l'approvisionnement en eau potable de nombreuses villes et pour l'industrie. La production hydroélectrique le long de son cours est significative. Écologiquement, le delta et les zones humides associées au fleuve abritent une biodiversité exceptionnelle, avec plus de 300 espèces d'oiseaux (flamants roses, hérons, sternes) et une faune aquatique spécifique. Culturellement, il est au cœur d'identités régionales fortes, notamment en Aragon et en Catalogne, et inspire littérature et traditions. Aujourd'hui, le fleuve fait face à des défis majeurs : surexploitation de la ressource en eau, pollution agricole et industrielle, invasion d'espèces exotiques (comme la moule zébrée) et érosion du delta due à la réduction des apports sédimentaires (bloqués par les barrages) et à la montée du niveau de la mer.
