Introduction
Le désert de Nubie, s'étendant sur environ 400 000 km², est une région hyper-aride qui forme un pont géographique et historique entre l'Afrique subsaharienne et la Méditerranée. Plus qu'un simple espace vide, il a été un corridor de commerce, un bouclier naturel et le cœur d'une civilisation brillante. Sa localisation stratégique, bordée par le Nil à l'ouest et la mer Rouge à l'est, en a fait un acteur majeur dans l'histoire de l'Afrique du Nord-Est.
Description
Le désert de Nubie est principalement situé au Soudan, avec une frange nord en Égypte. Il est délimité à l'ouest par la vallée du Nil et au nord par le désert Arabique (ou Oriental). Son relief est varié : au nord, il est dominé par des plateaux de grès et de granit profondément entaillés par des oueds asséchés (wadis). Plus au sud, le paysage devient plus montagneux avec des massifs comme les monts du Bayuda et les collines de la mer Rouge. De vastes champs de dunes, notamment les dunes d'Halfa, occupent certaines zones. Le climat est extrême, avec des températures diurnes dépassant régulièrement 45°C et des précipitations quasi nulles, faisant de lui l'un des endroits les plus secs de la planète. La végétation est clairsemée et limitée aux lits d'oueds et aux oasis.
Histoire
L'histoire du désert de Nubie est indissociable de la civilisation nubienne, rivale et partenaire de l'Égypte antique. Dès le 4e millénaire avant notre ère, la région vit l'émergence de la culture du Groupe A. Par la suite, le royaume de Kerma (vers 2500-1500 av. J.-C.) devint une puissance régionale majeure, contrôlant les routes commerciales vers l'Afrique centrale. Après une période de domination égyptienne, le royaume de Napata (vers 750-650 av. J.-C.) conquit même l'Égypte, donnant naissance à la 25e dynastie des « pharaons noirs ». Plus tard, le royaume de Méroé (vers 300 av. J.-C. - 350 ap. J.-C.) prospéra, développant sa propre écriture et une industrie du fer. Le désert servait de barrière protectrice et de source de minerais (or, pierres précieuses). Au Moyen Âge, il était traversé par les routes des pèlerinages vers La Mecque et par les caravanes commerciales.
Caracteristiques
Parmi ses caractéristiques distinctives, on note : 1) La présence de nombreux sites archéologiques majeurs, comme les pyramides nubiennes de Méroé (plus nombreuses que celles d'Égypte), les temples de Napata (Gebel Barkal) et les forteresses du Moyen Empire égyptien. 2) Une géologie complexe avec le « Bassin de Nubie », un immense aquifère fossile contenant des réserves d'eau souterraine non renouvelables. 3) Le désert du Bayuda, une subdivision au centre caractérisée par des cônes volcaniques noirs et des coulées de lave. 4) La « Route de la Darb al-Arba'īn » (Route des Quarante Jours), ancienne piste caravanière reliant le Soudan à l'Égypte, essentielle pour le commerce des esclaves, de l'or et de l'ivoire. 5) Une biodiversité adaptée à l'extrême aridité, incluant des gazelles, des fennecs, des scorpions et des plantes xérophytes.
Importance
L'importance du désert de Nubie est à la fois historique, culturelle et environnementale. Il préserve un patrimoine archéologique exceptionnel, témoin d'une civilisation africaine autochtone souvent éclipsée par sa voisine égyptienne. Ce patrimoine est aujourd'hui menacé par l'érosion et le développement. Environnementalement, c'est un laboratoire naturel pour l'étude de l'hyper-aridité et des changements climatiques passés. La région a également été profondément impactée par la construction du haut barrage d'Assouan dans les années 1960, qui a entraîné la création du lac Nasser et l'inondation d'une partie de la Basse Nubie, nécessitant une campagne internationale de sauvetage des temples (comme Abou Simbel, bien que situé à la lisière). Aujourd'hui, il reste une région peu peuplée, où les activités principales sont l'extraction minière (or) limitée et le pastoralisme nomade.
