Sarajevo

Sarajevo est la capitale et la plus grande ville de Bosnie-Herzégovine. Située dans la vallée de la Miljacka et entourée par les Alpes dinariques, elle est célèbre pour son riche héritage multiculturel et religieux, où se côtoient mosquées, églises orthodoxes et catholiques, et synagogues. La ville est aussi tristement connue pour avoir été le théâtre de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand en 1914, déclencheur de la Première Guerre mondiale, et pour le long siège qu'elle a subi dans les années 1990.

Introduction

Sarajevo, souvent surnommée la 'Jérusalem de l'Europe' ou la 'Jérusalem des Balkans', est une ville où l'Orient et l'Occident se rencontrent de manière saisissante. Capitale de la Bosnie-Herzégovine, elle incarne l'histoire complexe et souvent douloureuse des Balkans, tout en étant un symbole de résilience et de coexistence. Son paysage urbain unique, marqué par des minarets ottomans, des bâtiments austro-hongrois et des tours modernes, raconte les différentes époques qui l'ont façonnée.

Description

Sarajevo est située dans la région de Bosnie, au cœur des Balkans, à environ 500 mètres d'altitude dans une vallée étroite traversée par la rivière Miljacka et entourée de montagnes boisées. Cette topographie a profondément influencé son développement et son histoire. La ville est divisée en plusieurs municipalités, dont la vieille ville ottomane (Baščaršija) constitue le noyau historique et culturel. Baščaršija est un labyrinthe de ruelles pavées, de boutiques d'artisans, de cafés et de mosquées, dominé par la Sebilj, une fontaine publique emblématique. À quelques pas de là commence la Sarajevo austro-hongroise, avec ses larges avenues et ses bâtiments imposants comme la Poste centrale et l'Académie des Beaux-Arts. Cette juxtaposition architecturale est le reflet de son identité multiple, où les traditions islamique, orthodoxe, catholique et juive ont coexisté pendant des siècles.

Histoire

Fondée en 1461 par le gouverneur ottoman Isa-Beg Isaković, Sarajevo s'est rapidement développée comme un centre commercial et artisanal important de l'Empire ottoman. Aux XVe et XVIe siècles, elle devient un foyer culturel majeur, accueillant notamment la première bibliothèque publique de l'Empire. En 1878, après le Congrès de Berlin, l'administration de la ville passe à l'Autriche-Hongrie, ce qui marque le début d'une modernisation rapide (introduction du tramway, de l'électricité). Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand par le nationaliste serbe Gavrilo Princip sur le pont Latin (aujourd'hui Pont de la Jeunesse) plonge l'Europe dans la Première Guerre mondiale. Après la guerre, Sarajevo intègre le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, futur Yougoslavie. Elle connaît une période de prospérité et de développement industriel sous la Yougoslavie socialiste de Tito. La ville accueille avec succès les Jeux Olympiques d'hiver en 1984. Cependant, après la déclaration d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine en 1992, Sarajevo subit un siège de 1 425 jours (avril 1992 - février 1996) par les forces serbes de Bosnie, le plus long de l'histoire moderne, causant des destructions massives et de lourdes pertes humaines. Depuis l'accord de paix de Dayton (1995), la ville se reconstruit lentement et cherche à retrouver son rôle de carrefour multiculturel.

Caracteristiques

La caractéristique la plus frappante de Sarajevo est son pluralisme culturel et religieux exceptionnel. Sur quelques centaines de mètres, on trouve la mosquée Gazi Husrev-beg (XVIe siècle), la cathédrale du Cœur de Jésus (néo-gothique), la cathédrale orthodoxe de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge et l'ancienne synagogue ashkénaze. La rue Ferhadija matérialise symboliquement la 'ligne de rencontre des civilisations' entre la partie ottomane et austro-hongroise. La ville est également un centre universitaire important avec l'Université de Sarajevo. Son économie repose sur les services, l'administration, le tourisme et certaines industries (alimentaire, tabac). La gastronomie locale mélange influences orientales et slaves, avec des spécialités comme le ćevapi (brochettes de viande hachée), le burek (feuilleté à la viande ou au fromage) et le café turc traditionnel. Le Festival du film de Sarajevo est un événement culturel majeur en Europe du Sud-Est.

Importance

L'importance de Sarajevo dépasse largement les frontières de la Bosnie-Herzégovine. Historiquement, elle est un lieu de mémoire crucial pour le XXe siècle, symbolisant à la fois le début des conflits mondiaux (1914) et les horreurs de la guerre ethnique dans l'Europe contemporaine (1992-1995). Son siège est devenu un symbole universel de la résistance civile et de la souffrance des populations civiles en temps de guerre. Culturellement, Sarajevo représente un modèle, bien qu'imparfait et souvent idéalisé, de coexistence interreligieuse dans les Balkans. Son héritage ottoman et austro-hongrois en fait un pont unique entre les mondes musulman et chrétien, slave et européen. Aujourd'hui, la ville est un acteur politique et économique central dans la région des Balkans occidentaux, et ses efforts de reconstruction et de réconciliation sont observés avec intérêt par la communauté internationale.

Anecdotes

La ligne de démarcation des civilisations

Dans le centre-ville, sur le trottoir de la rue Ferhadija, une ligne discrète en forme de 'S' est tracée au sol. Elle marque symboliquement l'endroit où se rencontraient les deux empires : l'Empire ottoman à l'est et l'Empire austro-hongrois à l'ouest. Cette 'ligne de rencontre des civilisations' illustre physiquement la dualité historique et culturelle de Sarajevo.

Les Jeux Olympiques de 1984

Sarajevo est la seule ville d'un pays socialiste et la seule ville des Balkans à avoir organisé les Jeux Olympiques d'hiver (en 1984). Cet événement fut un immense succès et un moment de fierté pour toute la Yougoslavie, projetant une image moderne et ouverte de la ville. De nombreuses installations, comme les tremplins de saut à ski d'Igman, sont encore visibles, bien que certaines aient été gravement endommagées pendant la guerre.

Le tunnel de l'espoir

Pendant le siège, l'aéroport de Sarajevo était sous contrôle de l'ONU. Pour relier la ville assiégée au territoire libre, les Bosniaques ont construit en secret, entre mars et juin 1993, un tunnel de 800 mètres de long et 1,6 mètre de haut sous la piste de l'aéroport. Ce 'Tunnel de l'espoir' (Tunel spasa) permit d'acheminer nourriture, armes, courrier et de faire évacuer des blessés. Il devint littéralement l'artère vitale de Sarajevo et un symbole de survie. Une partie est aujourd'hui ouverte au public en tant que musée.

Le café de Gavrilo Princip

Ironie de l'histoire, l'assassin de l'archiduc François-Ferdinand, Gavrilo Princip, aurait tiré depuis les marches d'une épicerie nommée 'Moritz Schiller's Delicatessen'. Après l'attentat, le propriétaire a rebaptisé son établissement en 'Au Prince Héritier' pour montrer sa loyauté envers la monarchie. Aujourd'hui, à cet emplacement, se trouve le musée de Sarajevo 1878-1918, et sur le trottoir, des empreintes de pas marquent l'endroit où Princip se tenait.

Sources

  • Robert J. Donia, 'Sarajevo: A Biography', University of Michigan Press, 2006.
  • UNESCO, 'Sarajevo - unique symbol of universal multiculture - continual open city' (Rapports).
  • Commission pour la protection des monuments nationaux de Bosnie-Herzégovine.
  • Musée historique de Bosnie-Herzégovine, Sarajevo.
  • International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia (ICTY), jugements et archives concernant le siège de Sarajevo.
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