Introduction
Pyongyang, située sur les rives du fleuve Taedong, est bien plus qu'une simple capitale administrative. Elle est le cœur politique, idéologique et symbolique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). Ville fermée au monde extérieur, elle est méticuleusement aménagée pour incarner la puissance du régime et la philosophie du Juche, ou autosuffisance, prônée par ses dirigeants. Pour les rares visiteurs étrangers autorisés, elle offre un spectacle surréaliste d'ordre, de propreté et de monuments colossaux dédiés à la dynastie des Kim.
Description
Pyongyang est une ville de contrastes saisissants. Son paysage urbain est dominé par des édifices monumentaux et des espaces publics immenses, comme la place Kim Il-sung, l'une des plus grandes places publiques au monde. Des avenues larges et peu encombrées, telles que la rue Changjon ou la rue Kwangbok, sont bordées de bâtiments aux façades colorées, souvent érigés dans un style architectural qui mélange le néo-classicisme stalinien à des touches futuristes. La ville est remarquablement verte, avec de nombreux parcs et jardins. Des symboles omniprésents, comme la Tour du Juche (170 m) et l'Arc de Triomphe (plus grand que celui de Paris), célèbrent le régime. Malgré cette façade imposante, la ville souffre de pénuries chroniques d'électricité, rendant ses nuits souvent très sombres, et la circulation automobile est extrêmement limitée.
Histoire
Pyongyang est une ancienne capitale historique, fondée il y a plus de 2000 ans. Selon la légende, elle serait la ville de Wanggeom, capitale du premier royaume coréen, Gojoseon. Détruite pendant la guerre Imjin contre le Japon au XVIe siècle, elle fut reconstruite. Son destin moderne a été scellé après la libération de la Corée de l'occupation japonaise en 1945 et la division de la péninsule. Devenue la capitale de la RPDC en 1948, elle fut presque entièrement rasée pendant la guerre de Corée (1950-1953) par les bombardements américains. Sa reconstruction, entamée dans les années 1950 sous Kim Il-sung, fut l'occasion d'en faire une ville modèle socialiste. Chaque décennie a vu l'ajout de nouveaux projets pharaoniques, comme l'hôtel Ryugyong (inachevé pendant des décennies), reflétant les ambitions et les difficultés économiques du pays.
Caracteristiques
Pyongyang présente plusieurs caractéristiques uniques. C'est une ville réservée à l'élite : seuls les citoyens les plus loyaux au régime et ayant un dossier politique irréprochable ont le droit d'y résider. Son urbanisme est entièrement contrôlé et vise à inspirer l'awe (crainte respectueuse) et la loyauté. La vie culturelle est centrée sur la propagande, avec des spectacles de masse parfaitement chorégraphiés comme les Jeux Arirang. Les transports en commun, principalement le métro (exceptionnellement profond et orné de lustres et de fresques murales monumentales) et les tramways, sont vitaux. La ville possède aussi des zones récréatives strictement contrôlées, comme le parc d'attractions de Kaeson ou la station de ski de Masikryong. L'isolement est total : l'accès à internet mondial est inexistant pour la population, remplacé par un intranet national, et les médias étrangers sont prohibés.
Importance
L'importance de Pyongyang est avant tout politique et symbolique. Elle sert de centre névralgique pour le gouvernement totalitaire de la Corée du Nord et le Parti du Travail de Corée. C'est le lieu d'où émanent tous les décrets, la propagande et le culte de la personnalité des dirigeants Kim. À l'international, elle est le visage que le régime choisit de montrer, une vitrine destinée à prouver la réussite supposée du modèle nord-coréen, malgré les sanctions et l'isolement. Sa valeur stratégique est immense, abritant le commandement militaire et les principaux organes de sécurité de l'État. Enfin, pour les Nord-Coréens, elle représente l'idéal à atteindre, la « ville des dirigeants », bien que sa réalité soit inaccessible à la grande majorité de la population vivant en province dans des conditions souvent bien plus difficiles.
