Architecture mauresque

Style architectural développé dans les territoires gouvernés par les Maures (musulmans d'Afrique du Nord) dans la péninsule ibérique et le Maghreb entre le VIIIe et le XVe siècle. Il se caractérise par une ornementation foisonnante, l'emploi d'arcs outrepassés et une maîtrise exceptionnelle de la lumière et de l'eau.

Introduction

L'architecture mauresque est l'expression artistique et constructive de l'Espagne musulmane (Al-Andalus) et du Maghreb occidental, synthétisant des influences romaines, wisigothes, byzantines et orientales (omeyyades, abbassides). Plus qu'un simple style, elle incarne une civilisation raffinée où l'architecture sert à créer des paradis terrestres, mêlant spiritualité, science, poésie et sensualité. Ses chefs-d'œuvre, comme l'Alhambra de Grenade ou la Grande Mosquée de Cordoue, demeurent des témoignages inégalés de cette époque.

Description

L'architecture mauresque se définit par sa recherche de l'équilibre entre la monumentalité et l'intimité, entre la rigueur géométrique et l'exubérance décorative. Elle privilégie les espaces intérieurs riches et cloisonnés autour de patios et de jardins, plutôt que la façade extérieure. L'utilisation de matériaux modestes (brique, plâtre, bois) est transcendée par un travail artisanal virtuose. La décoration, omniprésente, obéit à une grammaire précise : motifs géométriques (entrelacs, étoiles), arabesques végétales (ataurique) et calligraphie coufique, évitant la représentation figurative. La lumière est filtrée et tamisée par des claustras (moucharabiehs) et des arcs superposés, créant des jeux d'ombre et de reflets. L'eau, élément vital et symbolique, est omniprésente sous forme de bassins, canaux et fontaines, apportant fraîcheur, son et mouvement.

Histoire

Son histoire suit la chronologie d'Al-Andalus. La période émirale et califale (VIIIe-Xe siècles) voit l'éclosion du style, avec la Grande Mosquée de Cordoue (débutée en 785) et la ville palatine de Madinat al-Zahra. Après l'effondrement du califat, les royaumes des Taifas (XIe siècle) développent un art plus raffiné et miniature (Aljafería de Saragosse). L'arrivée des Almoravides, puis des Almohades (XIe-XIIIe siècles) introduit une austérité nord-africaine, avec des monuments plus massifs comme la Giralda (ancien minaret) et la mosquée Kutubiyya de Marrakech. Enfin, le royaume nasride de Grenade (XIIIe-XVe siècles) représente l'apogée et le chant du cygne de l'art mauresque, culminant avec la construction de l'Alhambra (principalement au XIVe siècle), synthèse parfaite de toutes les traditions précédentes. La chute de Grenade en 1492 marque la fin de sa production en Espagne, mais le style perdure et évolue au Maghreb, notamment sous les dynasties mérinide et saadienne.

Caracteristiques

1. **Arches** : Emploi caractéristique de l'arc outrepassé (en fer à cheval), souvent polylobé, festonné ou à lambrequins (muqarnas). Les arcs entrecroisés et superposés créent des forêts de supports visuels. 2. **Couvertures** : Plafonds à caissons en bois (artesonado) et, surtout, voûtes en muqarnas (ou mocárabes), structures alvéolaires en nid d'abeille qui semblent défier la gravité. 3. **Décoration** : Revêtement mural total (horror vacui). Techniques : stuc sculpté et peint, azulejos (carreaux de céramique lustrée), marqueterie de marbre, bois sculpté et peint. 4. **Plans** : Pour les mosquées, plan hypostyle à salle de prière à colonnades. Pour les palais, organisation en appartements indépendants (rawdas) autour de cours rectangulaires (patios) avec jardin ou bassin central. 5. **Éléments structurants** : Patio des Lions, Cour des Myrtes (Alhambra) ; salle de prière aux 850 colonnes (Cordoue) ; tours-minarets carrés (Giralda). 6. **Jardins** : Conçus comme des prolongements de l'architecture, organisés géométriquement en carrés de verdure (jardins du Generalife), intégrant l'eau comme axe de composition.

Importance

L'architecture mauresque a eu un impact profond et durable. En Espagne, elle a directement influencé l'architecture mudéjar (art des musulmans sous domination chrétienne) et, par là, une grande partie de l'art médiéval et Renaissance ibérique. Ses techniques décoratives et son usage de l'eau ont marqué l'architecture coloniale espagnole en Amérique. Au Maghreb, elle constitue le fondement des styles marocain et algérien postérieurs. Sur le plan conceptuel, elle a redéfini le rapport entre l'intérieur et l'extérieur, entre le bâti et la nature, et a porté l'art décoratif abstrait à un niveau de complexité et de sophistication inégalé en Occident médiéval. Elle reste un symbole puissant du dialogue des cultures et d'un âge d'or de la science et des arts en Méditerranée occidentale.

Anecdotes

Les lions de l'Alhambra

La célèbre fontaine aux douze lions du patio éponyme de l'Alhambra est entourée de mystère. La provenance des lions, en marbre blanc, est débattue : certains historiens pensent qu'ils proviennent d'un palais du XIe siècle, d'autres qu'ils furent sculptés spécialement pour le palais nasride. Chaque lion est unique et symboliserait les douze tribus d'Israël, les douze signes du zodiaque ou les douze mois de l'année, reflétant la cosmogonie savante de la cour de Grenade.

La "huitième merveille" de Cordoue

Lors de son agrandissement au Xe siècle sous le calife Al-Hakam II, la Grande Mosquée de Cordoue fut dotée d'un mihrab (niche de prière) d'une richesse inouïe. Pour l'éclairer, une ingénieuse innovation fut mise en œuvre : un puits de lumière fut créé au-dessus, et pour la première fois, des architectes byzantins furent spécialement mandatés pour réaliser les somptueuses mosaïques à fond d'or et de bleu lapis-lazuli. Ces mosaïques, offertes par l'empereur de Constantinople, étaient si extraordinaires qu'elles furent surnommées la "huitième merveille du monde" par les chroniqueurs de l'époque.

Le mythe de l'arc en fer à cheval

Si l'arc outrepassé est devenu l'emblème de l'architecture mauresque, il n'en est pas une invention. Il était déjà utilisé par les Wisigoths en Espagne et dans l'architecture byzantine. Les architectes d'Al-Andalus l'ont adopté, perfectionné et systématisé, lui donnant une élégance et une complexité inédites (lobulation, polychromie). Cette réappropriation est un parfait exemple de la synthèse culturelle opérée par l'art mauresque, qui a transformé un héritage existant en un symbole universel de son identité.

Sources

  • Barrucand, Marianne & Bednorz, Achim. *Architecture maure en Andalousie*. Taschen, 2007.
  • Irwin, Robert. *The Alhambra*. Harvard University Press, 2004.
  • Dodds, Jerrilynn D. (ed.). *Al-Andalus: The Art of Islamic Spain*. The Metropolitan Museum of Art, 1992.
  • Marçais, Georges. *L'architecture musulmane d'Occident*. Arts et Métiers Graphiques, 1954.
EdTech AI Assistant