Introduction
Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar (1820-1910), incarne l'esprit bouillonnant et créatif du Paris du XIXe siècle. Bien plus qu'un simple photographe, il fut un touche-à-tout de génie, un entrepreneur médiatique avant l'heure, dont la curiosité insatiable le poussa des profondeurs de la caricature aux hauteurs de la photographie aérienne. Son atelier photographique, ouvert en 1854 au 35 boulevard des Capucines, devint le lieu de passage obligé de toute la bohème parisienne, un véritable panthéon visuel de son époque.
Description
Nadar est avant tout le portraitiste de la modernité. Rejetant les accessoires lourds et les fonds peints alors en vogue, il adopte un style épuré et direct. Il place ses modèles – souvent des amis – devant un fond neutre, gris ou beige, et capte leur expression dans une lumière naturelle et maîtrisée. Son génie réside dans sa capacité à saisir la psychologie et la personnalité de ses sujets. Ses portraits de Charles Baudelaire, Sarah Bernhardt, George Sand, Eugène Delacroix, Hector Berlioz ou encore du jeune Claude Monet sont d'une intensité et d'une vérité frappantes, fixant pour la postérité l'image du génie romantique et réaliste. Techniquement, il fut un pionnier : en 1861, il réalise les premières photographies à la lumière artificielle (à l'aide de lampes à arc) dans les catacombes et les égouts de Paris, et en 1858, il prend le premier cliché aérien de l'histoire depuis un ballon captif au-dessus du Petit-Clamart.
Histoire
Né à Paris, Nadar commence sa carrière comme journaliste et caricaturiste. Il participe à la fameuse série de lithographies « Le Panthéon Nadar » (1854), une galerie de 300 portraits-charges des célébrités contemporaines. C'est par ce biais qu'il se tourne vers la photographie, voyant en elle un outil plus précis et plus puissant pour capturer les visages. Son atelier devient un lieu mythique, reconnaissable à son immense enseigne rouge en forme de signature. En 1874, il prête généreusement son studio aux peintres refusés par le Salon officiel pour qu'ils y organisent leur première exposition. Cet événement, qui vit naître le terme « impressionniste » suite au tableau de Monet « Impression, soleil levant », consacre Nadar comme un mécène clé de l'avant-garde. Il s'engage aussi dans l'aérostation, fondant la société « L’Aérostat poste » et construisant le géant des airs « Le Géant », qui connut des aventures médiatisées.
Caracteristiques
Le style Nadar se définit par plusieurs traits distinctifs : un cadrage serré, souvent en buste, qui isole le sujet ; une recherche de la naturalité et de l'instant psychologique ; un éclairage subtil qui modèle les visages sans effets dramatiques excessifs ; un fond uni qui concentre toute l'attention sur l'expression et le caractère. Il utilisait principalement le procédé au collodion humide sur verre (négatif) pour ses portraits en atelier. Son œuvre graphique (caricatures) et son œuvre photographique sont intimement liées, la première ayant aiguisé son sens de l'observation et de la synthèse caractéristique.
Importance
L'importance de Nadar est triple. D'abord, il a élevé le portrait photographique au rang d'art, lui conférant une dignité et une profondeur psychologique inédites. Ensuite, en tant que technicien et explorateur, il a repoussé les limites physiques de la photographie (sous terre, dans les airs, de nuit), en faisant un outil d'investigation universel. Enfin, en tant que personnage public et mécène, il fut un passeur culturel essentiel, au carrefour de la littérature, de la peinture, de la science et de la technique. Son nom, devenu une marque, symbolise l'audace, l'innovation et l'esprit libertaire du XIXe siècle. Son héritage influence encore profondément la photographie portraitiste contemporaine.
