Brassaï

Brassaï, pseudonyme de Gyula Halász, est un photographe, sculpteur et écrivain français d'origine hongroise. Il est célèbre pour ses photographies poétiques et documentaires du Paris nocturne des années 1930, capturant l'atmosphère des rues, des cafés, des prostituées et des bas-fonds. Son œuvre majeure, 'Paris de nuit' (1933), a révolutionné la photographie de nuit et a fait de lui l'un des grands témoins de l'entre-deux-guerres.

Introduction

Brassaï, né Gyula Halász en 1899 à Brassó (alors en Autriche-Hongrie, aujourd'hui Brașov en Roumanie), est une figure majeure de la photographie du XXe siècle. Arrivé à Paris en 1924, il adopte le pseudonyme signifiant 'de Brassó' et se consacre d'abord au journalisme et au dessin. Poussé par son ami André Kertész, il se tourne vers la photographie vers 1929, armé d'un Voigtländer et fasciné par le Paris qui s'anime après la tombée de la nuit. Il devient ainsi le chroniqueur visuel emblématique d'un monde interlope et poétique, tout en menant une carrière artistique polymorphe.

Description

L'œuvre photographique de Brassaï est une exploration systématique et artistique de Paris. Elle se divise en plusieurs corpus : les scènes de nuit, les graffitis (qu'il fut l'un des premiers à considérer comme un art à part entière), les portraits d'artistes et d'écrivains de son cercle (Picasso, Dalí, Genet, Henry Miller), la haute société, et les scènes de la vie quotidienne. Son style se caractérise par une maîtrise technique exceptionnelle des conditions de faible luminosité, nécessitant des poses longues qu'il planifiait méticuleusement. Ses compositions sont à la fois rigoureuses et empreintes d'une profonde humanité, mêlant réalisme documentaire et sensibilité surréaliste. La lumière artificielle (réverbères, vitrines, phares) sculpte ses images, créant des jeux d'ombres dramatiques et des atmosphères mystérieuses.

Histoire

Après des études aux Beaux-Arts de Budapest et Berlin, Brassaï s'installe à Paris. Son premier livre, 'Paris de nuit' (1933), est un succès critique immédiat et établit sa réputation. Il collabore à des magazines comme 'Minotaure', où son travail côtoie les surréalistes, bien qu'il se défende d'en faire partie, préférant le terme de 'réalisme poétique'. Pendant l'Occupation, la photographie de nuit étant interdite, il se tourne vers le dessin et l'écriture. Après-guerre, il reprend la photographie, voyage, et réalise des commandes pour 'Harper's Bazaar'. À partir des années 1960, il se consacre davantage à la sculpture et au film (il remporte le Prix du Film Expérimental à Cannes en 1956 pour 'Tant qu'il y aura des bêtes'). Il meurt à Nice en 1984 et est enterré au cimetière du Montparnasse.

Caracteristiques

1. Maître de la photographie de nuit : Pionnier dans l'utilisation des longues poses et des éclairages naturels urbains pour révéler un Paris méconnu. 2. Thématique des marges : Fascination pour le monde des prostituées, des clochards, des amoureux, des fêtards et des ouvriers de nuit, qu'il photographie avec respect et sans misérabilisme. 3. Œil de sculpteur : Ses compositions solides et ses jeux de textures (pavés mouillés, murs décrépis) révèlent une formation de sculpteur. 4. Dialogue avec les graffitis : Il collectionne et photographie les dessins gravés sur les murs, y voyant un art populaire et spontané, publié dans 'Graffiti' (1960). 5. Polyvalence artistique : Photographe, dessinateur, sculpteur, écrivain ('Histoire de Marie', 'Conversations avec Picasso'), cinéaste.

Importance

Brassaï a profondément influencé la photographie documentaire et la vision de Paris. Son livre 'Paris de nuit' est un classique absolu qui a défini l'imaginaire de la ville lumière sous son aspect sombre et romantique. Il a élevé la photographie de nuit au rang d'art à part entière. Son travail sur les graffitis a ouvert la voie à l'étude de l'art urbain. Proche de Picasso (qui disait de lui : 'Brassaï est le photographe des photographes'), il a laissé un témoignage inestimable sur la vie intellectuelle et artistique de son temps. Son œuvre, conservée dans les plus grands musées (MoMA, Centre Pompidou), continue d'inspirer les photographes contemporains par son alliance unique de précision technique, d'empathie sociale et de poésie visuelle.

Anecdotes

Le déclic de Kertész

C'est le photographe hongrois André Kertész, ami de Brassaï, qui l'incita à passer du dessin à la photographie. Agacé par les critiques de Brassaï sur ses photos, Kertész lui lança : 'Si tu es si malin, pourquoi n'en fais-tu pas toi-même ?' Brassaï releva le défi, acheta son premier appareil et se lança dans sa quête nocturne.

Le pseudonyme territorial

Son pseudonyme, 'Brassaï', est directement tiré du nom de sa ville natale, Brassó. C'est une pratique courante à l'époque pour les artistes d'Europe centrale. Il signifiait ainsi son attachement à ses origines tout en adoptant une identité artistique française plus facilement prononçable.

Picasso et les 400 négatifs

Brassaï et Picasso entretenaient une amitié et une admiration mutuelle. Brassaï photographia longuement l'atelier, les sculptures et l'artiste au travail. En 1943, craignant une perquisition, Picasso confia à Brassaï une boîte contenant près de 400 négatifs de ses propres photographies, lui demandant de les cacher. Brassaï les conserva en sécurité jusqu'à la Libération.

L'interdiction de photographier la nuit

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les autorités d'occupation allemandes interdirent la photographie de nuit, craignant son usage pour la résistance. Cette contrainte obligea Brassaï, le 'voyant de la nuit', à abandonner temporairement son médium de prédilection et à se consacrer au dessin à la plume, développant un autre aspect de son talent.

Sources

  • Brassaï, 'Paris de nuit', Arts et Métiers Graphiques, 1933.
  • Brassaï, 'Conversations avec Picasso', Gallimard, 1964.
  • Exposition 'Brassaï', Centre Pompidou, Paris, 2000.
  • Collection du Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou.
  • The Museum of Modern Art (MoMA), New York, collection Brassaï.
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