Pietà

1498-1499Vatican (Rome),

Chef-d'œuvre de la Renaissance représentant la Vierge Marie tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix, célèbre pour sa beauté idéalisée, son harmonie et sa virtuosité technique.

Introduction

La Pietà de Michel-Ange est l'une des sculptures les plus célèbres et émouvantes de l'histoire de l'art. Réalisée alors que l'artiste n'avait que 23 ans, elle marque l'apogée de la sculpture de la Haute Renaissance par sa synthèse parfaite entre la dévotion chrétienne, la beauté classique et une maîtrise technique inégalée du marbre. Commandée pour un tombeau dans l'ancienne basilique Saint-Pierre, elle est aujourd'hui exposée dans la nouvelle basilique, attirant des millions de pèlerins et de visiteurs.

Contexte

La commande émane du cardinal français Jean de Bilhères, ambassadeur du roi Charles VIII auprès du pape Alexandre VI. Le contrat, signé en août 1498, stipulait la livraison d'une « Vierge Marie vêtue, avec le Christ mort dans les bras, de la grandeur d'un homme convenable » en moins d'un an. Michel-Ange, jeune sculpteur prometteur installé à Rome depuis 1496, cherchait à s'imposer. Il choisit personnellement un bloc de marbre de Carrare d'une pureté exceptionnelle et dépassa le délai d'un an pour parfaire son œuvre, qu'il signa – fait unique dans sa carrière – sur la sangle traversant la poitrine de Marie.

Description

Le groupe sculpté représente Marie, assise sur un rocher symbolisant le Golgotha, tenant sur ses genoux le corps inerte du Christ après la Descente de croix. La composition forme une pyramide stable et harmonieuse. Marie est représentée jeune, le visage empreint d'une douceur et d'une sérénité résignée, loin des expressions de désespoir dramatique communes à l'époque. Son manteau aux plis complexes et profonds contraste avec le traitement lisse et parfait du corps du Christ, qui ne porte que peu de marques de la Passion, à l'exception des stigmates. La disproportion entre le corps d'adulte du Christ et la taille de Marie est habilement dissimulée par l'amplitude des drapés et la position inclinée du corps du Fils sur les genoux de la Mère.

Analyse

Michel-Ange réalise ici une synthèse géniale entre plusieurs traditions. Il puise dans l'iconographie nordique de la « Vesperbild » (image de la déploration) mais la transcende par un idéal de beauté classique. La jeunesse de Marie symbolise sa pureté et son innocence éternelles, une interprétation théologique courante. La virtuosité technique est absolue : le poli du marbre atteint une finesse de cire, les détails anatomiques (veines, muscles relâchés du Christ) sont d'un réalisme saisissant, et le travail des drapés, d'une complexité virtuose, crée un jeu d'ombres et de lumières qui anime la surface. L'œuvre est conçue pour être vue de face, mais offre des points de vue multiples tout en conservant son unité.

Histoire

Installée initialement dans la chapelle Sainte-Pétronille (le mausolée des rois de France) de l'ancienne basilique Saint-Pierre, la Pietà fut déplacée dans la nouvelle basilique au cours du XVIe siècle. Elle a subi peu de dommages au fil des siècles, à l'exception de l'usure de certains doigts de la main gauche de Marie. Le 21 mai 1972, un déséquilibré, László Tóth, la frappa à coups de marteau, endommageant le visage, le bras et la paupière de la Vierge. Une restauration minutieuse, utilisant des fragments originaux récupérés et du marbre de Carrare de la même carrière, fut menée à bien. Depuis, l'œuvre est protégée par une paroi de verre blindé.

Influence

La Pietà a immédiatement établi la réputation de Michel-Ange comme le plus grand sculpteur de son temps. Elle devint le canon de la représentation de ce thème pour les siècles suivants, influençant d'innombrables artistes. Michel-Ange lui-même reviendra sur ce sujet à la fin de sa vie avec les œuvres inachevées et tourmentées de la « Pietà Palestrina » et de la « Pietà Rondanini », témoignant d'une spiritualité bien différente. L'œuvre reste un symbole universel de la compassion maternelle et de la beauté transcendant la souffrance, et constitue un pilier de l'art occidental.

Anecdotes

Sources

  • Condivi, Ascanio. "Vita di Michelagnolo Buonarroti" (1553).
  • Vasari, Giorgio. "Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori, e architettori" (1550, édition 1568).
  • Hibbard, Howard. "Michelangelo" (1974).
  • Documentation des Musées du Vatican et de la Fabrique de Saint-Pierre.
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