Introduction
Le Musée national du Palais (國立故宮博物院) de Taipei est une institution culturelle de premier plan, souvent considérée comme le gardien du cœur artistique et historique de la civilisation chinoise. Installé dans un bâtiment aux influences architecturales traditionnelles chinoises, niché dans les collines de Waishuangxi, il protège un héritage inestimable qui a traversé les tumultes de l'histoire moderne. Sa collection, d'une richesse et d'une diversité exceptionnelles, en fait l'un des musées les plus importants et les plus visités au monde, offrant une plongée vertigineuse dans l'ingéniosité et la sensibilité artistique de la Chine impériale.
Description
La collection permanente du musée est estimée à près de 700 000 artefacts, dont seule une fraction (environ 3 000 pièces) est exposée à un moment donné, en raison de leur fragilité et de l'espace limité. Les œuvres couvrent une chronologie immense, du Néolithique à la fin de la dynastie Qing (1912). Les domaines d'excellence sont multiples : les bronzes rituels des Shang et Zhou, les jades sculptés, la céramique et la porcelaine (avec des pièces emblématiques des fours impériaux Song, Ming et Qing), la peinture et la calligraphie de maîtres renommés, les laques, les cloisonnés, les livres rares et les documents historiques impériaux. Parmi les pièces les plus célèbres figurent le « Chou de viande en jade » (un morceau de jade sculpté imitant un morceau de porc braisé), le « Chou vert en jadeite » (un chou sculpté), et les rouleaux de peinture des maîtres Fan Kuan et Guo Xi.
Histoire
Les origines de la collection remontent à l'empereur Song Huizong au XIIe siècle, mais elle fut considérablement enrichie par les empereurs des dynasties Ming et Qing dans la Cité interdite de Pékin. En 1925, après l'expulsion du dernier empereur Puyi, le Musée du Palais fut créé dans la Cité interdite. Face à l'avancée des troupes japonaises dans les années 1930, puis à la guerre civile chinoise, le gouvernement du Kuomintang (KMT) organisa l'évacuation des pièces les plus précieuses à travers la Chine. En 1949, après la victoire des communistes, environ 600 000 objets furent transportés à Taïwan par le KMT en retraite. La collection fut d'abord entreposée, puis exposée dans un musée provisoire à Taichung avant l'inauguration du bâtiment actuel à Taipei en 1965. Son histoire est ainsi indissociable des fractures politiques du XXe siècle.
Caracteristiques
Le musée se distingue par plusieurs caractéristiques majeures. Son bâtiment principal, construit dans un style qui évoque un palais chinois traditionnel, a été agrandi et rénové à plusieurs reprises pour améliorer les conditions de conservation et l'expérience des visiteurs. La politique de rotation des œuvres, nécessaire pour préserver les artefacts sensibles à la lumière (comme les peintures et calligraphies), signifie que chaque visite est unique. Le musée est également un centre de recherche académique de pointe, avec une bibliothèque spécialisée et des laboratoires de conservation. Enfin, il a massivement investi dans la numérisation de ses collections et propose des expositions virtuelles et des ressources en ligne d'une grande qualité, rendant ses trésors accessibles à un public mondial.
Importance
L'importance du Musée national du Palais de Taipei est à la fois culturelle, historique et politique. Culturellement, il préserve et promeut l'héritage artistique chinois à un niveau inégalé. Historiquement, il est le témoin matériel de la continuité impériale et des bouleversements du siècle dernier. Politiquement, il est devenu un symbole de l'affirmation identitaire et culturelle de Taïwan (République de Chine), souvent au centre des tensions avec la Chine continentale qui revendique la propriété de la collection. Son impact touristique est considérable, attirant des millions de visiteurs chaque année. Il influence aussi profondément le monde de l'art, de l'histoire de l'art et de la muséologie en Asie, servant de modèle pour la présentation et l'interprétation des arts asiatiques.
