Alte Pinakothek

L'Alte Pinakothek de Munich est l'un des musées les plus anciens et les plus prestigieux au monde, abritant une collection exceptionnelle de peintures européennes du Moyen Âge à la fin du Rococo. Fondée par les Wittelsbach, elle est célèbre pour ses chefs-d'œuvre de Dürer, Raphaël, Rubens et Rembrandt. Son bâtiment, construit au XIXe siècle, est un modèle architectural pionnier pour les musées modernes.

Introduction

L'Alte Pinakothek (littéralement 'Ancienne Pinacothèque') est un joyau de la Kunstareal, le quartier des musées de Munich, et un pilier de l'histoire de l'art mondial. Elle incarne la passion de collection des ducs et électeurs de Bavière de la dynastie des Wittelsbach, transformée en trésor public. Sa collection, d'une qualité et d'une cohérence rares, offre un panorama inégalé de la peinture européenne sur six siècles, des primitifs allemands et flamands aux maîtres italiens de la Renaissance et aux somptueuses œuvres baroques.

Description

La collection de l'Alte Pinakothek est organisée de manière chronologique et géographique dans ses salles majestueuses. Elle est particulièrement renommée pour ses fonds allemands, néerlandais, flamands, italiens et français. Les points forts incluent la plus grande collection au monde d'œuvres d'Albrecht Dürer, avec des pièces majeures comme son autoportrait de 1500, 'Les Quatre Apôtres' et 'La Fête du Rosaire'. La peinture flamande est magnifiquement représentée par Rogier van der Weyden, Hans Memling et, surtout, Pierre Paul Rubens, auquel une salle entière est consacrée, abritant des toiles monumentales comme 'Le Jugement dernier' et 'L'Enlèvement des filles de Leucippe'. La Renaissance italienne brille avec des œuvres de Léonard de Vinci ('Madone à l'œillet'), Raphaël ('Madone Tempi'), Titien et Botticelli. Les écoles néerlandaise et française ne sont pas en reste, avec des pièces essentielles de Rembrandt ('La Décollation de saint Jean-Baptiste'), Frans Hals et Nicolas Poussin.

Histoire

Les origines de la collection remontent à Guillaume IV de Bavière qui, en 1528, commanda des scènes d'histoire à des artistes comme Albrecht Altdorfer. Au fil des siècles, les Wittelsbach enrichirent systématiquement leur cabinet d'art, notamment sous l'électeur Maximilien Ier et l'électeur Maximilien II Emmanuel. Le roi Louis Ier de Bavière, grand amateur d'art, décida de rendre la collection accessible au public et commanda en 1826 à l'architecte Leo von Klenze la construction d'un musée dédié. L'Alte Pinakothek ouvrit ses portes en 1836, devenant l'un des premiers musées d'art moderne d'Europe, conçu spécifiquement pour exposer des peintures. Gravement endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment fut reconstruit et rouvrit progressivement entre 1952 et 1957, préservant l'esprit de l'original tout en intégrant des techniques modernes de conservation et de présentation.

Caracteristiques

Le bâtiment de Leo von Klenze est une œuvre d'art en soi. Son architecture néo-Renaissance, inspirée des palais vénitiens, rompt avec le modèle du palais-musée. L'innovation majeure réside dans son éclairage : Klenze conçut de grandes verrières orientées au nord dans les salles du premier étage, diffusant une lumière zénithale constante et idéale pour la contemplation des tableaux, un concept révolutionnaire à l'époque. L'intérieur est organisé autour d'un grand hall central et d'une enfilade de salles de dimensions variées, adaptées aux différents formats des œuvres. Les salles Rubens, notamment, sont vastes et hautes pour accueillir ses immenses toiles. La muséographie actuelle, sobre et mettant l'accent sur les œuvres, perpétue cette tradition de présentation claire et pédagogique.

Importance

L'Alte Pinakothek est d'une importance capitale à plusieurs titres. Historiquement, elle marque la transition d'une collection princière privée vers une institution publique, incarnant l'idéal éducatif du XIXe siècle. Sa collection est une référence incontournable pour l'étude de la peinture européenne, avec des ensembles d'une profondeur unique (Dürer, Rubens). Architecturalement, elle a servi de modèle pour de nombreux musées construits par la suite en Europe et aux États-Unis. Enfin, avec la Neue Pinakothek (peintures du XIXe siècle) et la Pinakothek der Moderne (art moderne et contemporain), elle forme un ensemble muséal unique au monde, offrant un continuum exceptionnel de l'histoire de l'art. Elle reste l'un des musées les plus visités d'Allemagne et un pilier de l'identité culturelle bavaroise.

Anecdotes

Le sauvetage des chefs-d'œuvre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, toute la collection de l'Alte Pinakothek fut évacuée et cachée dans des bunkers et des châteaux à travers la Bavière, comme les châteaux de Neuschwanstein et de Herrenchiemsee. Malgré les destructions massives du bâtiment par les bombardements alliés (il fut touché par 9 bombes en 1944), pas une seule peinture majeure ne fut perdue grâce à cette opération de sauvetage méticuleusement planifiée par les conservateurs.

Le Rubens volé... et rendu

En 1929, le célèbre autoportrait de Rubens avec sa première femme, Isabella Brant, fut volé. Les voleurs exigèrent une rançon, mais le musée refusa de payer. Le tableau réapparut mystérieusement en 1933 dans la consigne d'une gare de Munich, en parfait état. L'affaire, jamais totalement élucidée, reste l'un des vols d'art les plus médiatisés de l'histoire du musée.

Un musée pour les tableaux seulement

Lors de sa conception, le roi Louis Ier et Leo von Klenze eurent une idée radicale : l'Alte Pinakothek ne devait abriter que des peintures. Les sculptures, les arts décoratifs et les antiquités étaient destinés à d'autres bâtiments. Cette spécialisation stricte était novatrice et visait à offrir une expérience de contemplation pure et non distraite, centrée sur le médium pictural.

Le Dürer le plus célèbre

L'autoportrait de Dürer de 1500 est l'une des œuvres les plus iconiques du musée. Dürer s'y représente de face, dans une pose christique, rompant avec la tradition du portrait de profil ou de trois-quarts. L'inscription 'Albertus Durerus Noricus ipsum me propriis sic effingebam coloribus aetatis anno XXVIII' (Moi, Albrecht Dürer de Nuremberg, me suis peint ainsi avec des couleurs appropriées à l'âge de 28 ans) affirme la conscience de son propre génie et l'élévation du statut de l'artiste.

Sources

  • Bayerische Staatsgemäldesammlungen - Alte Pinakothek (Site officiel)
  • Klenze, Leo von : 'Alte Pinakothek München - Baubeschreibung' (1837)
  • Bushart, Bruno : 'Die Alte Pinakothek in München' (Histoire architecturale)
  • Eikelmann, Renate (Ed.) : 'The Alte Pinakothek - Masterpieces of the Collection' (Catalogue des collections)
  • Hüttinger, Eduard : 'Die Alte Pinakothek - Sammlungsgeschichte' (Histoire de la collection)
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