Introduction
L'art romain, qui s'étend du VIIIe siècle av. J.-C. au Ve siècle apr. J.-C., est moins un style homogène qu'une synthèse pragmatique et innovante des influences qu'a absorbées Rome au fil de ses conquêtes. Contrairement à l'idéalisme grec, il privilégie l'utilité, la commémoration et l'affirmation du pouvoir. Il est l'outil principal de la romanisation, diffusant à travers l'Empire les valeurs civiques et la grandeur de Rome par l'architecture, la sculpture et la peinture.
Description
L'art romain est un art de synthèse et d'ingénierie. Il puise massivement dans le répertoire grec hellénistique (colonnes, frontons, ordres architecturaux) et dans les techniques étrusques (voûte, arc), mais il les combine et les adapte à ses propres besoins. Son génie réside dans l'utilisation révolutionnaire de matériaux comme le béton (opus caementicium), qui permet des constructions audacieuses et à grande échelle. Il couvre tous les domaines : architecture publique et privée, sculpture (portrait, relief historique), peinture murale (fresques de Pompéi), mosaïque, et arts mineurs. Son réalisme, particulièrement dans le portrait, cherche à capturer l'individu dans sa vérité, rides et défauts compris, pour servir à la fois la mémoire familiale et la glorification de l'empereur.
Histoire
L'histoire de l'art romain suit l'évolution politique de Rome. À l'époque royale et républicaine (VIIIe-Ier s. av. J.-C.), l'art est sobre, influencé par les Étrusques et les Grecs de Grande-Grèce. Les grands programmes architecturaux (temples, basiliques, routes) débutent. La conquête de la Grèce au IIe siècle av. J.-C. entraîne un afflux massif d'œuvres et d'artistes grecs, nourrissant un goût pour l'hellénisme. L'époque impériale (à partir de 27 av. J.-C.) marque l'apogée. Auguste utilise l'art comme instrument de légitimation et de paix, créant un style classique raffiné. Ses successeurs, comme les Flaviens (Colisée) ou Trajan (Forum et colonne), rivalisent de gigantisme. L'art du Bas-Empire (à partir du IIIe s.) devient plus hiératique, symbolique et abstrait, annonçant l'art byzantin et paléochrétien, avant de décliner avec les invasions barbares.
Caracteristiques
1. **Éclectisme et pragmatisme** : Assimilation et adaptation des modèles conquis au service des objectifs romains (utilité, prestige, administration). 2. **Innovations techniques** : Maîtrise du béton, de la voûte, de la coupole et de l'arc, permettant des espaces vastes et complexes (thermes, amphithéâtres, basiliques). 3. **Monumentalité et sens de l'espace** : Architecture à grande échelle conçue pour impressionner et organiser la vie urbaine (aqueducs, forums, arcs de triomphe). 4. **Réalisme et psychologie** : Dans le portrait, recherche de la véracité physiologique et de l'expression du caractère (verisme républicain, portraits impériaux idéalisés mais individualisés). 5. **Narration historique** : Reliefs narratifs à visée propagandiste, racontant en détail les exploits militaires ou les bienfaits civils de l'empereur (colonnes de Trajan et de Marc Aurèle). 6. **Décor intérieur illusionniste** : Peintures murales (fresques de Pompéi) créant des perspectives architecturales fictives, des trompe-l'œil et des scènes mythologiques.
Importance
L'art romain est fondamental pour la civilisation occidentale. Il a transmis et diffusé l'héritage artistique grec. Ses innovations architecturales (voûte, coupole, béton) ont révolutionné la construction et ont été redécouvertes à la Renaissance, influençant durablement l'architecture publique. Son système de construction a permis le développement de l'architecture paléochrétienne et byzantine (Hagia Sophia). Le modèle de la ville romaine (plan orthogonal, équipements publics) a structuré l'urbanisme européen. Enfin, son art du portrait réaliste et son usage politique de l'image monumentale ont créé des archétypes repris par tous les pouvoirs impériaux et nationaux jusqu'à l'époque contemporaine.
