Vertigo

Réalisé par Alfred Hitchcock en 1958, 'Vertigo' est un thriller psychologique culte. Il suit l'ancien inspecteur Scottie Ferguson, souffrant de vertige, engagé pour surveiller la mystérieuse Madeleine Elster. Le film explore les thèmes de l'obsession, de l'identité et de la manipulation à travers une esthétique visuelle envoûtante et une narration complexe.

Introduction

'Vertigo' (Sueurs froides en français) est considéré comme l'un des sommets de la carrière d'Alfred Hitchcock et un pilier du cinéma mondial. Sorti en 1958, il fut initialement accueilli avec des critiques mitigées mais est aujourd'hui régulièrement cité comme l'un des plus grands films de l'histoire, détrônant même 'Citizen Kane' dans le célèbre sondage de la revue 'Sight & Sound' en 2012. Il incarne le style hitchcockien à son apogée, mêlant suspense, romance troublante et profonde introspection psychologique.

Description

Le film est une adaptation du roman 'D'entre les morts' de Boileau-Narcejac, spécialistes du roman à énigme. Hitchcock en fait une œuvre profondément personnelle, transposant ses propres obsessions (la blonde idéale, le fétichisme, le voyeurisme) dans une forme cinématographique audacieuse. L'intrigue, structurée en deux actes distincts, opère un renversement narratif saisissant à mi-parcours, passant d'une enquête fantomatique à une reconstruction obsessionnelle. La photographie de Robert Burks, avec son utilisation révolutionnaire de la technique du 'zoom avant/travelling arrière' (l'effet 'Vertigo') pour simuler l'acrophobie, et la partition onirique et tourmentée de Bernard Herrmann sont des éléments constitutifs de son pouvoir hypnotique. Tourné à San Francisco, la ville devient un personnage à part entière, ses rues pentues et ses monuments (la tour de la Mission Dolores, le fort Point) servant de décor à la descente aux enfers du protagoniste.

Histoire

John 'Scottie' Ferguson, ancien inspecteur de police contraint de démissionner après qu'une crise de vertige ait causé la mort d'un collègue, est engagé par un vieil ami, Gavin Elster, pour surveiller sa femme, Madeleine. Elster prétend que Madeleine est possédée par l'esprit de Carlotta Valdes, son aïeule suicidée. Scottie, fasciné par la beauté et la mélancolie de Madeleine, la suit à travers San Francisco et tombe amoureux d'elle. Il ne peut empêcher ce qu'il croit être son suicide, en la voyant se jeter du clocher de la mission San Juan Bautista. Rongé par la culpabilité et la dépression, Scottie rencontre par hasard Judy Barton, une vendeuse qui ressemble étonnamment à Madeleine. Obsédé, il entreprend de transformer Judy pour qu'elle corresponde parfaitement à l'image idéalisée de la femme morte, ignorant que Judy est en réalité la même personne, ayant joué le rôle de Madeleine dans un meurtre orchestré par Elster.

Caracteristiques

Le film est un chef-d'œuvre de construction formelle. L'effet visuel 'Vertigo', inventé par Hitchcock et le directeur de la photo Robert Burks, combine un zoom avant avec un travelling arrière, créant une sensation de vertige et de distorsion de l'espace. La couleur est utilisée de manière expressionniste : les teintes vertes (associées au surnaturel, à la névrose et au titre), le rouge flamboyant de l'intérieur du restaurant Ernie's et de la cabine téléphonique, symbolisant la passion et le danger. La structure narrative en spirale, où le passé revient hanter le présent, reflète l'état d'esprit de Scottie. Les performances de James Stewart, contre-emploi en personnage faible et manipulé, et de Kim Novak, dans le double rôle insaisissable de la femme idéale et de la femme réelle, sont centrales. Le scénario de Samuel A. Taylor et Alec Coppel construit méthodiquement l'engrenage de l'illusion et de la tromperie.

Importance

L'importance de 'Vertigo' est immense. Réévalué à partir des années 1980, il est devenu un objet d'étude incontournable pour la théorie cinématographique (notamment les analyses psychanalytiques de la 'regard' et du fétichisme). Il a influencé des générations de cinéastes, de Brian De Palma à David Lynch, en passant par Christopher Nolan. Son exploration de la construction de l'image féminine par le désir masculin et de la nature duplicative de l'identité en fait un film d'une modernité frappante. Il cristallise la quintessence du cinéma hitchcockien : un divertissement de haut vol qui est aussi une méditation angoissée sur les failles de la psyché humaine, le pouvoir de l'image et l'impossibilité de posséder le passé. Sa restauration en 1996 a permis de redécouvrir l'éclat de ses couleurs et a confirmé son statut de monument.

Anecdotes

La couleur verte obsessionnelle

Hitchcock a saturé le film de la couleur verte, associée au vertige, à la jalousie ('green-eyed monster') et au surnaturel. La néon de l'hôtel où loge Judy émet une lueur verte fantomatique, et la séquence de rêve de Scottie est baignée de tons verts et animée par des effets visuels surréalistes conçus par le graphiste Saul Bass.

Kim Novak réticente

Kim Novak, sous contrat avec la Columbia, fut imposée à Hitchcock qui souhaitait initialement Vera Miles pour le rôle de Madeleine/Judy. Novak résista aux directives très précises du réalisateur sur son apparence et son jeu, mais ce conflit contribua peut-être à la tension palpable et à la vulnérabilité de sa performance.

Un échec initial

À sa sortie, 'Vertigo' déconcerta une partie de la critique et du public, jugé trop lent et trop psychologique. Il ne remboursa pas entièrement son coût. Hitchcock, blessé, retira le film de la circulation pendant de nombreuses années, avant que sa réévaluation critique ne le place au sommet de la cinéphilie mondiale.

Le tournage du clocher

La scène cruciale du clocher fut tournée en studio. La maquette de la tour et les escaliers furent reconstruits. Les effets de vertige furent créés par une maquette rotative combinée à l'effet de zoom/travelling. Aucune des prises de vue extérieures de la mission San Juan Bautista ne montre de clocher, car celui-ci n'existait pas ; il fut ajouté en matte painting.

Sources

  • Hitchcock/Truffaut, éditions définitive, 2016.
  • 'The Hidden God: Film and Faith' (analyse de 'Vertigo') par Michael Wood.
  • Documentaire 'Obsessed with Vertigo' (1997).
  • Sight & Sound Poll (British Film Institute).
  • Monographie 'Alfred Hitchcock's Vertigo and the Hermeneutic Spiral' par Dan Auiler.
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