Rashomon

Rashomon est un film japonais de 1950 réalisé par Akira Kurosawa. Il raconte le viol d'une femme et le meurtre de son mari samouraï à travers quatre récits contradictoires, explorant la nature subjective de la vérité et de la mémoire. Le film a révolutionné la narration cinématographique et a fait connaître le cinéma japonais au monde entier.

Introduction

Sorti en 1950, 'Rashomon' est l'œuvre d'Akira Kurosawa qui a propulsé le cinéma japonais sur la scène internationale, remportant le Lion d'or à Venise et un Oscar d'honneur. Adapté de deux nouvelles de Ryūnosuke Akutagawa ('Dans le fourré' et 'Rashomon'), le film transcende le simple cadre du drame historique pour devenir une méditation philosophique profonde sur l'égoïsme humain, la relativité de la vérité et l'impossibilité de connaître une réalité objective.

Description

Le film se déroule au XIIe siècle, sous le porche délabré de la porte de Rashōmon à Kyōto, où un bûcheron, un prêtre et un passant cherchent un abri contre la pluie diluvienne. Ils débattent d'un procès récent concernant la mort violente d'un samouraï. Le film déploie alors, en flash-back, les quatre versions radicalement différentes des événements : celle du bandit Tajōmaru, celle de la femme du samouraï, celle de l'esprit du samouraï (par l'intermédiaire d'une médium) et enfin, en partie, celle du bûcheron, témoin caché. Chaque récit se présente comme véridique, mais ils s'annulent mutuellement, notamment sur des points clés comme la cause de la mort (épée ou poignard) et le comportement des personnages (digne ou lâche). La mise en scène de Kurosawa, utilisant la lumière crue du soleil filtrant à travers les feuillages de la forêt et des mouvements de caméra dynamiques, renforce cette impression de réalité insaisissable et de chaos moral.

Histoire

L'histoire centrale, racontée en flash-back, est simple : dans une forêt, le bandit notoire Tajōmaru séduit ou viole Masako, l'épouse d'un samouraï, et tue ce dernier. Au procès, Tajōmaru se vante de son combat héroïque contre le samouraï. Masako se présente comme une victime éplorée, affirmant avoir tué son mari accidentellement dans un état de confusion après le viol. L'esprit du samouraï, via une médium, raconte un suicide honorable après le déshonneur causé par le mépris de sa femme. Enfin, le bûcheron révèle qu'il a tout vu : le combat fut pitoyable et lâche, les deux hommes tremblant de peur, et le samouraï fut tué par l'épée de Tajōmaru lors d'un échange maladroit. Cette révélation est d'autant plus troublante que le bûcheron a lui-même volé le poignard précieux de la scène du crime, jetant le doute sur sa propre moralité. Le film se conclut sur un acte de grâce humaine, lorsque les trois hommes sous la porte trouvent et adoptent un bébé abandonné, offrant une lueur d'espoir dans un monde cynique.

Caracteristiques

Le film est une prouesse technique et narrative. Kurosawa utilise une photographie en noir et blanc contrastée, avec des jeux d'ombre et de lumière (notamment l'effet 'soleil filtrant' créé en dirigeant des miroirs vers les acteurs) pour accentuer le climat d'incertitude et de tension psychologique. La structure narrative non linéaire et les points de vue multiples étaient révolutionnaires pour l'époque et ont influencé des générations de cinéastes. La musique de Fumio Hayasaka, inspirée du 'Boléro' de Ravel, accompagne de manière obsédante les différentes versions. La performance des acteurs, notamment Toshirō Mifune en bandit sauvage et animalier, et Machiko Kyō en femme tour à tour vulnérable et manipulatrice, est d'une intensité rare.

Importance

L'importance de 'Rashomon' est immense. Il a été le premier film japonais majeur à recevoir une reconnaissance internationale, ouvrant la voie aux œuvres de Mizoguchi, Ozu et d'autres. Le terme 'effet Rashomon' est entré dans le langage courant pour décrire toute situation où des témoins donnent des comptes-rendus contradictoires d'un même événement, illustrant la subjectivité de la perception et de la mémoire. Son influence sur le cinéma mondial est considérable, touchant des réalisateurs comme Robert Altman, Quentin Tarantino et des films comme 'The Usual Suspects' ou 'Hero'. Il a établi Akira Kurosawa comme un maître du cinéma et a posé les bases de sa collaboration légendaire avec Toshirō Mifune. Le film reste une pierre angulaire de l'histoire du cinéma et une œuvre philosophique intemporelle sur la nature de la vérité.

Anecdotes

Un succès inattendu

La production de Daiei, le studio, était peu convaincue par le film et l'a sorti sans grand espoir. Son triomphe à la Mostra de Venise en 1951 (Lion d'or) fut une surprise totale, même pour Kurosawa, qui a appris la nouvelle par les journaux. Cette récompense a sauvé le studio de la faillite.

La pluie réelle

Pour les scènes de pluie torrentielle sous la porte de Rashōmon, Kurosawa a insisté pour utiliser de l'eau teintée à l'encre de Chine pour qu'elle apparaisse plus intense et opaque à l'écran en noir et blanc. Les acteurs et l'équipe ont été trempés pendant des heures.

L'inspiration du titre

Bien que l'histoire principale vienne de 'Dans le fourré', Kurosawa a emprunté le titre et le cadre de la porte à une autre nouvelle d'Akutagawa, 'Rashomon', qui décrit la décrépitude morale et physique de Kyoto. La porte en ruine symbolise ainsi l'effondrement des valeurs et de la vérité dans le film.

La caméra qui regarde le soleil

Kurosawa et son directeur de la photographie, Kazuo Miyagawa, ont innové en filmant directement le soleil à travers les branches des arbres, une technique alors considérée comme un tabou en cinématographie. Ces éclats de lumière aveuglants deviennent un personnage à part entière, symbolisant une vérité insoutenable et inaccessible.

Sources

  • Kurosawa, Akira. 'Autobiographie : Comme une autobiographie'. Éditions du Rocher, 1998.
  • Richie, Donald. 'The Films of Akira Kurosawa'. University of California Press, 1998.
  • Prince, Stephen. 'The Warrior's Camera: The Cinema of Akira Kurosawa'. Princeton University Press, 1999.
  • Goodwin, James. 'Akira Kurosawa and Intertextual Cinema'. The Johns Hopkins University Press, 1994.
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