Les Sept Samouraïs

Chef-d'œuvre du cinéma japonais réalisé par Akira Kurosawa en 1954. Le film raconte l'histoire d'un village de paysans terrorisés par des bandits qui engagent sept samouraïs désargentés pour les défendre. Une épopée humaniste qui explore les thèmes de l'honneur, de la classe sociale et du sacrifice.

Introduction

Considéré comme l'un des plus grands films de tous les temps, 'Les Sept Samouraïs' (Shichinin no Samurai) est un jidaigeki (film historique) monumental qui a redéfini le genre du film de guerre et d'action. Sorti en 1954, il marque l'apogée de la collaboration entre le réalisateur Akira Kurosawa et l'acteur Toshirō Mifune. Au-delà de son récit d'aventure, le film offre une réflexion profonde et novatrice sur la structure de la société féodale japonaise, le code du bushido et l'émergence d'une solidarité entre classes sociales.

Description

Le film se déroule dans le Japon du XVIe siècle, en pleine période Sengoku, une ère de guerres civiles constantes. Kurosawa construit son récit en deux parties distinctes et magistrales : le long et méthodique recrutement des samouraïs, puis la préparation de la défense et la bataille finale. Chaque samouraï est soigneusement caractérisé, représentant une facette différente de la vertu guerrière et de la condition humaine : le stratège sage et calme Kambei Shimada (Takashi Shimura), le jeune et impétueux Katsushirō Okamoto (Isao Kimura), le vétéran cynique et pragmatique Shichirōji, le maître du sabre Kyūzō, le bon vivant Gorobei, le tacticien Heihachi, et le paysan sauvage et exubérant Kikuchiyo (Toshirō Mifune), qui incarne le lien charnière entre les deux mondes. Le village et ses habitants sont tout aussi détaillés, révélant leurs peurs, leurs lâchetés, mais aussi leur résilience.

Histoire

Un village de paysans apprend que des bandits, après les avoir déjà pillés, prévoient de revenir après la moisson. Désespérés, les anciens du village acceptent le conseil du sage Gisaku : engager des samouraïs pour les protéger, en échange de nourriture. Ils partent en ville et parviennent, non sans mal, à convaincre le rōnin Kambei de les aider. Celui-ci recrute six autres compagnons d'armes. Arrivés au village, ils sont d'abord accueillis avec méfiance et peur par les paysans qui cachent leurs femmes et leur nourriture. Kikuchiyo, lui-même d'origine paysanne, révèle la cache d'armes et d'armures que les villageois ont volées à des samouraïs morts, provoquant une crise parmi les sept. Kambei apaise les tensions en expliquant que la faute en revient à la misère imposée par la classe des samouraïs. Les sept organisent alors la défense : ils entraînent les paysans, fortifient le village et élaborent une stratégie pour attirer les bandits dans un piège. Le film culmine avec la bataille finale, épique et boueuse, filmée sous une pluie battante, où la supériorité tactique et l'unité forgée entre samouraïs et paysans triomphent des bandits, mais au prix de lourdes pertes.

Caracteristiques

Kurosawa révolutionne la grammaire cinématographique avec une mise en scène d'une inventivité folle. Il utilise pour la première fois au Japon des téléobjectifs pour aplatir l'image et dynamiser les scènes de combat, créant un sentiment de confusion et d'immersion. Les montages, notamment lors des séquences de bataille, sont d'une rapidité et d'une précision inédites. La composition des plans est méticuleuse, souvent inspirée de la peinture et des estampes japonaises. La bande-son, utilisant des thèmes musicaux distincts pour les samouraïs et les paysans, est également novatrice. Le scénario, co-écrit avec Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni, est un modèle de construction dramatique et de développement de personnages. Le film, d'une durée de 3h27, est un investissement narratif total qui ne souffre d'aucune longueur.

Importance

L'impact de 'Les Sept Samouraïs' est colossal et mondial. Il a établi Akira Kurosawa comme un maître du cinéma international et a ouvert les portes de l'Occident au cinéma japonais. Son influence directe est visible dans le western 'Les Sept Mercenaires' (1960) de John Sturges, qui en est un remake presque scène par scène, prouvant l'universalité de son récit. Le film a défini les codes du 'film de groupe' et du 'préparatif de la bataille', inspirant des générations de réalisateurs, de George Lucas à Sam Peckinpah. Il a également complexifié la figure du héros, le montrant vulnérable, multiple et collectif. Consacré par de nombreux prix et classements critiques, il reste une pierre angulaire de l'histoire du cinéma, étudié pour sa technique, sa narration et sa profondeur humaniste.

Anecdotes

Un tournage épique et difficile

Le tournage, initialement prévu pour trois mois, a duré près d'un an, épuisant le budget et mettant en tension l'équipe. Kurosawa était un perfectionniste : il a fait construire un village entier en pleine campagne, a insisté pour que les acteurs (notamment Toshirō Mifune) effectuent la plupart de leurs cascades, et a attendu des semaines la pluie parfaite pour la scène finale. La scène de l'arrivée des bandits à cheval dans la forêt a nécessité des semaines de préparation pour un plan de quelques secondes.

Le personnage de Kikuchiyo, créé pour Mifune

Le personnage du samouraï paysan, Kikuchiyo, n'existait pas dans le scénario initial. Il a été intégralement créé par Kurosawa pour Toshirō Mifune, avec qui il avait déjà collaboré à plusieurs reprises. Mifune a improvisé une grande partie de son jeu exubérant et physique, apportant une énergie vitale et comique au groupe. Son interprétation est devenue l'une des plus mémorables de sa carrière.

Un succès critique mais un échec commercial initial

Malgré son statut actuel de classique, le film fut un échec commercial au Japon lors de sa sortie. Sa longueur (plus de trois heures et demie dans sa version originale) découragea les exploitants de salles. La Tōhō, le studio producteur, força Kurosawa à couper plus d'une heure de pellicule pour la sortie nationale. C'est sa réception triomphale à l'étranger, notamment à la Mostra de Venise où il remporta le Lion d'Argent, qui lui assura sa postérité et permit plus tard la restauration de sa version intégrale.

Innovations techniques majeures

Kurosawa et son directeur de la photographie, Asakazu Nakai, ont systématiquement utilisé des focales longues (téléobjectifs) pour filmer les scènes d'action, une première au Japon. Cette technique comprime les perspectives, rapproche les personnages du fond et donne une impression de vitesse et de chaos extrêmement dynamique. Cette approche a été largement imitée par la suite dans le cinéma d'action mondial.

Sources

  • Kurosawa, Akira. 'Comme une autobiographie'. Éditions du Rocher, 1999.
  • Galbraith, Stuart IV. 'The Emperor and the Wolf: The Lives and Films of Akira Kurosawa and Toshiro Mifune'. Faber & Faber, 2002.
  • Burch, Noël. 'Pour un observateur lointain : Forme et signification dans le cinéma japonais'. Gallimard, 1982.
  • Documentaire : 'Kurosawa: The Last Emperor' (1999).
  • Archives de la Mostra de Venise et de la Tōhō Company.
EdTech AI Assistant