Le Bon, la Brute et le Truand

Un western spaghetti culte de Sergio Leone, sorti en 1966. Le film suit trois chasseurs de primes aux moralités ambiguës qui se lancent dans une quête effrénée pour trouver un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volées, au cœur de la Guerre de Sécession américaine. Il est célèbre pour sa mise en scène épique, sa bande-son iconique d'Ennio Morricone et son trio d'acteurs légendaires.

Introduction

« Le Bon, la Brute et le Truand » (Il buono, il brutto, il cattivo) est l'apogée de la « Trilogie du dollar » de Sergio Leone, après « Pour une poignée de dollars » (1964) et « Et pour quelques dollars de plus » (1965). Considéré comme l'un des plus grands westerns de l'histoire du cinéma, il transcende le genre par son ampleur épique, sa complexité narrative et sa profondeur thématique. Le film fusionne le récit d'aventures avec une vision cynique et violente de la conquête de l'Ouest, tout en servant de métaphore sur la cupidité et l'absurdité de la guerre.

Description

Le film se déroule dans le Sud-Ouest américain en 1862, pendant la Guerre de Sécession, qui sert de toile de fond chaotique et destructrice aux agissements des trois protagonistes. Contrairement aux westerns classiques hollywoodiens, il n'y a pas de héros sans tache. Les personnages sont des anti-héros aux motivations purement intéressées : « Le Bon » (Blondin, interprété par Clint Eastwood) est un chasseur de primes taciturne et pragmatique, guidé par un code personnel ; « La Brute » (Sentenza, joué par Lee Van Cleef) est un tueur à gages sadique, froid et méthodique ; « Le Truand » (Tuco, incarné par Eli Wallach) est un bandit impulsif, survolté et rusé, fuyard recherché. Le scénario, co-écrit par Leone et d'autres, les fait s'allier et se trahir tour à tour dans une course haletante pour localiser un trésor enfoui dans un cimetière, dont chaque homme ne détient qu'une partie du secret.

Histoire

L'intrigue commence par la rencontre et les escarmouches entre Tuco (« Le Truand ») et Blondin (« Le Bon »), qui montent une arnaque répétée de capture et de libération pour la prime. Leur chemin croise celui de l'impitoyable Sentenza (« La Brute »), engagé par l'armée de l'Union pour obtenir des informations. Les trois hommes apprennent l'existence d'un coffre contenant 200 000 dollars en or volés, enterré dans le cimetière de Sad Hill. Tuco connaît le nom du cimetière, Blondin a entendu le nom de la tombe (Arch Stanton), et Sentenza a extorqué le nom de la ville la plus proche. La quête les mène à travers un paysage ravagé par la guerre, les confrontant aux horreurs des batailles (comme la célèbre scène du pont). La poursuite culmine dans le duel triangulaire final au cimetière, un moment de tension pure et de cinéma muet, considéré comme l'un des plus grands climax de l'histoire du film.

Caracteristiques

Le film est reconnaissable à son style visuel et sonore unique. La mise en scène de Leone privilégie les plans larges et les gros plans extrêmes sur les visages (surtout les yeux) et les détails (les mains sur les revolvers). Le montage est lent et contemplatif, créant une tension presque opératique. La bande-son d'Ennio Morricone est révolutionnaire, utilisant des sifflements, des cris, une guitare électrique et un orchestre pour créer des thèmes musicaux indissociables des personnages (le sifflement pour Blondin, le cri de coyote pour Sentenza, la musique frénétique pour Tuco). La photographie de Tonino Delli Colli capture la chaleur et la poussière des paysages espagnols servant de décor. Le film est aussi remarquable pour sa durée (près de trois heures dans sa version intégrale) et son traitement de la guerre comme une force démente et indifférente à la vie humaine.

Importance

« Le Bon, la Brute et le Truand » a eu un impact immense sur le cinéma mondial. Il a définitivement établi le « western spaghetti » comme un genre majeur et a consacré Clint Eastwood en star internationale. Son influence esthétique se retrouve chez des cinéastes comme Quentin Tarantino, Robert Rodriguez ou les frères Coen. Le film a redéfini les codes du western, introduisant un réalisme sale, une violence crue et une ambiguïté morale qui contrastaient avec l'idéalisme américain. Sa bande-son est l'une des plus célèbres et reconnues au monde. Classé parmi les meilleurs films de tous les temps par de nombreuses critiques et publications, il est étudié pour sa direction artistique, sa construction narrative et son commentaire sur la nature humaine. C'est une œuvre qui dépasse son genre pour devenir un monument du 7ème art.

Anecdotes

La tension sur le plateau entre Eastwood et Wallach

Eli Wallach (Tuco) a failli tuer Clint Eastwood lors du tournage de la scène où Blondin abandonne Tuco dans le désert. Eastwood devait couper la corde qui retenait Wallach sur un cheval, mais le cheval a paniqué et a traîné Wallach sur une longue distance sur un sol rocailleux. Eastwood, resté parfaitement dans son personnage, a simplement dit « Désolé » avant que l'équipe ne se précipite pour sauver Wallach, légèrement blessé.

La célèbre bande-son enregistrée avant le tournage

Contrairement à l'usage, Ennio Morricone a composé et enregistré la majeure partie de la musique avant le tournage. Sergio Leone a souvent fait jouer les thèmes musicaux sur le plateau pour aider les acteurs à trouver le bon rythme et l'ambiance des scènes, une méthode innovante pour l'époque.

Un tournage long et difficile

Le film a été tourné principalement en Espagne (dans la région de Burgos et à Almería) et en Italie. Les conditions étaient rudes, avec une chaleur extrême. La scène épique de la bataille pour le pont a nécessité des milliers de figurants (des soldats espagnols) et a coûté très cher, retardant la production. La version originale italienne dure 177 minutes, mais le film a été largement coupé pour sa sortie aux États-Unis.

Les noms des personnages

Dans le film, les personnages n'ont presque pas de noms. « Blondin » (l'homme blond) est le surnom donné par Tuco à Eastwood. « Sentenza » signifie « sentence » ou « verdict » en italien, un nom qui convient parfaitement à ce tueur impitoyable. Seul Tuco a un vrai prénom. Le titre français a popularisé les appellations « Le Bon, la Brute et le Truand », bien que « Le Truand » corresponde mieux à « Il cattivo » (le méchant).

L'héritage du duel final

Le duel triangulaire au cimetière de Sad Hill, d'une tension extrême, est devenu une référence absolue. Il dure près de cinq minutes avec très peu de dialogues, construisant la pression uniquement par les regards, la musique et le montage. De nombreux films, publicités et parodies l'ont repris ou cité, faisant de cette scène un morceau de bravoure cinématographique universellement reconnu.

Sources

  • « Sergio Leone: Something to Do with Death » par Christopher Frayling (Faber & Faber, 2000)
  • « The Spaghetti Westerns: A Critical Filmography » par Thomas Weisser (McFarland & Company, 1992)
  • Documentaire « Il buono, il brutto, il cattivo: The Reconstruction » (2004)
  • Archives de l'American Film Institute (AFI)
  • Études critiques dans « Cahiers du cinéma » et « Positif »
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