La Dolce Vita

Chef-d'œuvre du réalisateur italien Federico Fellini sorti en 1960. Le film suit une semaine dans la vie de Marcello Rubini, un journaliste mondain à Rome, à la recherche de sens et d'amour dans un monde superficiel et décadent. Il est considéré comme une critique acerbe de la société de l'après-guerre et une méditation sur la vacuité de la célébrité.

Introduction

Sorti en 1960, 'La Dolce Vita' est un film emblématique de Federico Fellini qui marque un tournant dans sa carrière, passant du néoréalisme à un style plus onirique et baroque. Le titre, signifiant 'la vie douce' en italien, est ironique, dépeignant l'envers du décor d'une société romaine en pleine effervescence économique et culturelle des années 1950-1960, mais rongée par le vide existentiel. Le film a fait scandale à sa sortie, mais est rapidement devenu un classique mondial, donnant même son nom à un phénomène de société.

Description

Le film est structuré en une série d'épisodes, comme une mosaïque, reliés par le personnage de Marcello Rubini, interprété par Marcello Mastroianni. Journaliste pour un magazine à scandale, Marcello erre dans Rome, de fêtes en rendez-vous galants, de reportages mondains en crises personnelles. Il est tiraillé entre son aspiration à une vie intellectuelle sérieuse, incarnée par son ami Steiner, et son attirance pour le tourbillon superficiel de la 'dolce vita'. Le film explore des thèmes comme la célébrité, la religion, la mort, l'amour et l'aliénation à travers des séquences devenues cultes, telles que l'arrivée de l'actrice Sylvia (Anita Ekberg) à l'aéroport ou sa fameuse scène dans la fontaine de Trevi.

Histoire

Le scénario, co-écrit par Fellini, Ennio Flaiano, Tullio Pinelli et Brunello Rondi, s'inspire librement de la vie romaine de l'époque et du phénomène des 'paparazzi' (terme popularisé par le film, dérivé du nom d'un photographe du film, Paparazzo). Le tournage, long et complexe, a eu lieu principalement à Rome et à Cinecittà. Le film s'ouvre sur une image surréaliste : un hélicoptère transportant une statue du Christ au-dessus de Rome, symbole d'une religion devenue spectacle. Il se clôt sur une scène tout aussi célèbre, où Marcello, après une nuit de débauche, ne reconnaît plus la jeune fille innocente qui l'appelle depuis l'autre côté de la plage, signifiant sa rupture définitive avec la pureté et l'espoir.

Caracteristiques

Le film est une prouesse stylistique. Fellini abandonne la linéarité narrative pour une structure épisodique et circulaire. La photographie en noir et blanc de Otello Martelli est somptueuse, jouant sur les contrastes et capturant la grandeur de Rome la nuit. La bande-son de Nino Rota, à la fois mélancolique et entraînante, est indissociable de l'ambiance du film. La mise en scène alterne entre le réalisme cru des scènes de jour et l'onirisme lyrique des séquences nocturnes. Les personnages sont des archétypes (l'intellectuel, la star, l'aristocrate décadent, le père faible) qui gravitent autour de Marcello, miroir d'une société en perte de repères.

Importance

'La Dolce Vita' est un jalon majeur de l'histoire du cinéma. Il a profondément influencé la représentation de la modernité, de la célébrité et de la vie urbaine. Le terme 'paparazzi' est entré dans le langage courant grâce à lui. Il a remporté la Palme d'or au Festival de Cannes en 1960 et a été nommé aux Oscars pour ses costumes et la réalisation de Fellini. Au-delà du scandale initial (le film fut condamné par l'Église catholique), il est reconnu comme une analyse visionnaire et poétique de la condition humaine à l'aube de la société de consommation et des médias de masse. Il capture le moment précis où l'Italie passe de la pauvreté d'après-guerre au 'miracle économique', avec toutes les angoisses que ce bouleversement implique.

Anecdotes

La fontaine de Trevi

La scène mythique d'Anita Ekberg se baignant dans la fontaine de Trevi a été tournée en plein hiver, en mars 1959. L'eau était glaciale. Alors qu'Anita Ekberg, d'origine suédoise, supportait bien le froid grâce à une combinaison en néoprène sous sa robe, Marcello Mastroianni, qui devait la rejoindre dans l'eau, a dû boire une bouteille entière de vodka pour se donner du courage. La scène a requis l'arrêt des pompes de la fontaine pour éviter un courant trop fort.

Le scandale et la censure

À sa sortie, le film a provoqué un immense scandale en Italie. Il fut accusé d'immoralité et d'offense à la religion. La droite et l'Église catholique le condamnèrent vivement. Des projections furent perturbées, et le gouvernement envisagea même de retirer le passeport à Fellini. Le film fut soumis à la censure dans plusieurs pays et interdit en Espagne jusqu'en 1961. Cette controverse contribua grandement à sa renommée internationale.

L'origine du mot 'Paparazzi'

Le nom du photographe de Marcello dans le film, Paparazzo, a été choisi par Fellini et le scénariste Ennio Flaiano. Ils s'inspirèrent d'un personnage nommé 'Paparazzo' (signifiant 'mouche agaçante' en dialecte calabrais) dans un livre de l'écrivain George Gissing, 'By the Ionian Sea'. Le pluriel 'paparazzi' est rapidement devenu le terme générique pour désigner les photographes de presse people agressifs, entrant dans le dictionnaire Oxford en 1961.

Le Christ hélicoptère

La séquence d'ouverture, avec la statue du Christ transportée par hélicoptère au-dessus des toits de Rome, est basée sur un fait réel. Fellini avait vu dans un journal une photo d'une statue du Christ étant transportée par hélicoptère vers le Vatican. Il a immédiatement senti la puissance métaphorique de cette image, symbolisant la religion devenue attraction touristique et spectacle médiatique, thème central du film.

Sources

  • Fellini, Federico. 'Fellini on Fellini'. Da Capo Press, 1996.
  • Bondanella, Peter. 'The Films of Federico Fellini'. Cambridge University Press, 2002.
  • Kezich, Tullio. 'Fellini: His Life and Work'. Faber & Faber, 2006.
  • Documentaire : 'Fellini: Je suis un grand menteur' (2002).
  • Archives du Festival de Cannes 1960.
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