Introduction
Citizen Kane, premier long métrage d'Orson Welles, alors âgé de 25 ans, est une œuvre révolutionnaire qui a marqué un tournant dans l'histoire du cinéma. Produit par RKO Pictures et sorti en 1941, le film a d'abord été un échec commercial, critiqué par le magnat de la presse William Randolph Hearst, dont la vie a inspiré le personnage principal. Malgré cela, il a été redécouvert dans les années 1950 et est aujourd'hui régulièrement cité en tête des classements des meilleurs films de tous les temps, notamment pour sa maîtrise technique et sa structure narrative audacieuse.
Description
Le film est une biographie fictive de Charles Foster Kane, un magnat de la presse aussi puissant que solitaire. L'histoire est racontée de manière non linéaire, à travers une série de flashbacks et de témoignages recueillis par un journaliste, Thompson, qui tente de percer le sens du dernier mot prononcé par Kane à sa mort : 'Rosebud'. Cette enquête sert de fil conducteur pour explorer les différentes facettes de la vie de Kane : son enfance pauvre dans le Colorado, son héritage soudain, sa montée en puissance dans le monde des médias, son ambition politique, ses mariages ratés et son isolement final dans le fastueux et glacial manoir de Xanadu. Le film dépeint ainsi la corruption de l'idéalisme par le pouvoir et l'argent, et l'impossibilité de véritablement connaître un homme.
Histoire
Le scénario, signé par Herman J. Mankiewicz et Orson Welles, est inspiré de la vie du puissant éditeur William Randolph Hearst, bien que Welles ait toujours nié qu'il s'agisse d'une biographie stricte. Le tournage, qui a débuté en 1940, a bénéficié d'une liberté créative exceptionnelle pour Welles, qui a pu contrôler tous les aspects de la production. Le film utilise des techniques novatrices pour l'époque : une profondeur de champ extrême (plan focal), des angles de caméra bas pour magnifier les décors et les personnages, des effets sonores complexes, des fondus enchaînés ingénieux et des décors plafonnés pour un réalisme accru. La photographie de Gregg Toland est particulièrement remarquable pour son usage du clair-obscur et ses compositions en plans-séquences. La performance de Welles dans le rôle-titre, vieillissant de 25 à plus de 70 ans, est également devenue légendaire.
Caracteristiques
Citizen Kane se distingue par plusieurs caractéristiques majeures. Narrativement, il brise la linéarité classique au profit d'une structure en puzzle, multipliant les points de vue subjectifs pour construire un portrait complexe et contradictoire. Techniquement, il pousse à l'extrême l'usage de la profondeur de champ, permettant à plusieurs actions de se dérouler simultanément dans des plans différents de l'image (comme dans la scène célèbre où le jeune Kane joue dans la neige tandis que ses parents signent son destin à l'intérieur). L'utilisation pionnière du son (mélange de dialogues, bruitages et musique) et des effets spéciaux optiques (comme les fondus superposant plusieurs images) a influencé des générations de cinéastes. Sa direction artistique, avec le manoir de Xanadu rempli d'objets accumulés, symbolise parfaitement la vacuité et la solitude du personnage.
Importance
L'importance de Citizen Kane est immense. Il est souvent considéré comme le film fondateur du cinéma moderne, libérant le langage cinématographique des conventions du théâtre filmé. Il a démontré que le réalisateur pouvait être l'auteur unique d'une œuvre (théorie de la 'politique des auteurs' développée par les critiques des Cahiers du Cinéma). Son influence est visible chez des cinéastes aussi divers que Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. Malgré son échec initial aux Oscars (il n'en remporta qu'un, pour le scénario), sa réputation n'a cessé de grandir. Il est étudié dans toutes les écoles de cinéma et reste une référence absolue en matière de narration, de mise en scène et de direction d'acteurs. Il pose des questions universelles sur l'identité, le pouvoir, la mémoire et l'enfance perdue qui résonnent encore aujourd'hui.
