Introduction
Apocalypse Now est bien plus qu'un film de guerre. C'est une expérience sensorielle et psychologique devenue légendaire, tant par son contenu que par les conditions chaotiques de son tournage aux Philippines, qui ont duré seize mois et failli ruiner son réalisateur. Présenté en compétition à Cannes en 1979 où il remporte la Palme d'Or (ex-aequo avec 'Le Tambour'), le film est immédiatement salué comme un monument du cinéma. Il explore les frontières ténues entre civilisation et barbarie, ordre et chaos, à travers un voyage fluvial qui devient une métaphore de la descente aux enfers.
Description
Le film s'ouvre sur la vision hallucinée du capitaine Benjamin L. Willard (Martin Sheen), un officier des forces spéciales usé par la guerre, attendant une mission à Saïgon. Il reçoit l'ordre de remonter la rivière Nung jusqu'au Cambodge pour retrouver et 'terminer avec extrême préjudice' le commandement du colonel Walter E. Kurtz (Marlon Brando), un officier des Forces Spéciales autrefois brillant qui a franchi la ligne. Kurtz a levé une armée personnelle parmi une tribu indigène et mène une guerre sans règles, devenant une divinité crainte. Willard embarque sur un patrouilleur fluvial avec un équipage de jeunes soldats (dont le très jeune 'Chef' joué par un Laurence Fishburne de 14 ans) escorté par le colonel Kilgore (Robert Duvall), un fanatique du surf et des charges de cavalerie héliportées. Le voyage, ponctué d'incidents surréalistes et violents, devient progressivement une quête intérieure où Willard étudie le dossier de Kurtz, s'imprégnant de sa pensée, jusqu'à une confrontation finale dans le temple obscur où Kurtz règne.
Histoire
L'idée du film naît chez John Milius au début des années 1970, qui écrit un scénario transposant 'Au cœur des ténèbres' au Vietnam. Francis Ford Coppola, fraîchement auréolé du succès des deux premiers 'Parrain', s'empare du projet et en fait une entreprise titanesque. Le tournage, commencé en 1976, est un cauchemar logistique et humain : un typhon détruit les décors, Martin Sheen souffre d'une crise cardiaque, Marlon Brando arrive sur le tournage en surpoids et non préparé, et le budget explose. Coppola finance une partie du film sur ses fonds propres. La post-production est tout aussi épique, avec une bande-son révolutionnaire mixée par Walter Murch et une musique emblématique (le 'Ride of the Valkyries' de Wagner, 'The End' des Doors). La version originale de 153 minutes est complétée en 2001 par 'Apocalypse Now Redux', qui ajoute 49 minutes de séquences coupées, dont une rencontre avec des planteurs français.
Caracteristiques
Le film est une prouesse technique et artistique. La photographie de Vittorio Storaro, aux couleurs chaudes et aux contrastes saisissants (la jungle verte, les flammes orange, les ombres noires), est picturale. Le montage et le design sonore de Walter Murch créent une ambiance hypnotique et anxiogène, mêlant bruits de la jungle, rock 'n' roll et silence pesant. La structure narrative est celle d'un voyage initiatique inversé, où chaque escale (l'attaque de Kilgore, la revue des USO, l'attaque du sampan, le poste-frontière dément) révèle un peu plus l'absurdité et l'horreur de la guerre, préparant la rencontre avec Kurtz. Les performances sont mémorables, de la nervosité de Sheen à la théâtralité méphistophélique de Brando, en passant par l'exubérance cynique de Duvall.
Importance
Apocalypse Now est un pilier de l'histoire du cinéma. Il a redéfini les possibilités du film de guerre, le faisant passer du récit héroïque à la méditation psychédélique et critique. Son influence est immense sur le cinéma et la culture populaire (citation de répliques, hommages visuels). Le film est une critique féroce de l'interventionnisme américain et une réflexion intemporelle sur la corruption du pouvoir et la nature du mal. Il incarne aussi le concept de 'cinéma d'auteur' poussé à son paroxysme, où la vision du réalisateur prime sur toutes les contraintes. Il reste étudié dans les écoles de cinéma pour ses innovations techniques et narratiques, et sa réputation de film maudit et génial n'a fait que grandir avec le temps.
