Apocalypse Now

Chef-d'œuvre cinématographique de Francis Ford Coppola, sorti en 1979, qui transpose le roman 'Au cœur des ténèbres' de Joseph Conrad dans le contexte de la guerre du Vietnam. Le film suit le capitaine Willard, chargé d'une mission secrète pour éliminer le colonel Kurtz, un officier renégat qui s'est constitué un royaume dans la jungle. C'est une plongée hallucinée et philosophique dans la folie de la guerre et les abîmes de l'âme humaine.

Introduction

Apocalypse Now est bien plus qu'un film de guerre. C'est une expérience sensorielle et psychologique devenue légendaire, tant par son contenu que par les conditions chaotiques de son tournage aux Philippines, qui ont duré seize mois et failli ruiner son réalisateur. Présenté en compétition à Cannes en 1979 où il remporte la Palme d'Or (ex-aequo avec 'Le Tambour'), le film est immédiatement salué comme un monument du cinéma. Il explore les frontières ténues entre civilisation et barbarie, ordre et chaos, à travers un voyage fluvial qui devient une métaphore de la descente aux enfers.

Description

Le film s'ouvre sur la vision hallucinée du capitaine Benjamin L. Willard (Martin Sheen), un officier des forces spéciales usé par la guerre, attendant une mission à Saïgon. Il reçoit l'ordre de remonter la rivière Nung jusqu'au Cambodge pour retrouver et 'terminer avec extrême préjudice' le commandement du colonel Walter E. Kurtz (Marlon Brando), un officier des Forces Spéciales autrefois brillant qui a franchi la ligne. Kurtz a levé une armée personnelle parmi une tribu indigène et mène une guerre sans règles, devenant une divinité crainte. Willard embarque sur un patrouilleur fluvial avec un équipage de jeunes soldats (dont le très jeune 'Chef' joué par un Laurence Fishburne de 14 ans) escorté par le colonel Kilgore (Robert Duvall), un fanatique du surf et des charges de cavalerie héliportées. Le voyage, ponctué d'incidents surréalistes et violents, devient progressivement une quête intérieure où Willard étudie le dossier de Kurtz, s'imprégnant de sa pensée, jusqu'à une confrontation finale dans le temple obscur où Kurtz règne.

Histoire

L'idée du film naît chez John Milius au début des années 1970, qui écrit un scénario transposant 'Au cœur des ténèbres' au Vietnam. Francis Ford Coppola, fraîchement auréolé du succès des deux premiers 'Parrain', s'empare du projet et en fait une entreprise titanesque. Le tournage, commencé en 1976, est un cauchemar logistique et humain : un typhon détruit les décors, Martin Sheen souffre d'une crise cardiaque, Marlon Brando arrive sur le tournage en surpoids et non préparé, et le budget explose. Coppola finance une partie du film sur ses fonds propres. La post-production est tout aussi épique, avec une bande-son révolutionnaire mixée par Walter Murch et une musique emblématique (le 'Ride of the Valkyries' de Wagner, 'The End' des Doors). La version originale de 153 minutes est complétée en 2001 par 'Apocalypse Now Redux', qui ajoute 49 minutes de séquences coupées, dont une rencontre avec des planteurs français.

Caracteristiques

Le film est une prouesse technique et artistique. La photographie de Vittorio Storaro, aux couleurs chaudes et aux contrastes saisissants (la jungle verte, les flammes orange, les ombres noires), est picturale. Le montage et le design sonore de Walter Murch créent une ambiance hypnotique et anxiogène, mêlant bruits de la jungle, rock 'n' roll et silence pesant. La structure narrative est celle d'un voyage initiatique inversé, où chaque escale (l'attaque de Kilgore, la revue des USO, l'attaque du sampan, le poste-frontière dément) révèle un peu plus l'absurdité et l'horreur de la guerre, préparant la rencontre avec Kurtz. Les performances sont mémorables, de la nervosité de Sheen à la théâtralité méphistophélique de Brando, en passant par l'exubérance cynique de Duvall.

Importance

Apocalypse Now est un pilier de l'histoire du cinéma. Il a redéfini les possibilités du film de guerre, le faisant passer du récit héroïque à la méditation psychédélique et critique. Son influence est immense sur le cinéma et la culture populaire (citation de répliques, hommages visuels). Le film est une critique féroce de l'interventionnisme américain et une réflexion intemporelle sur la corruption du pouvoir et la nature du mal. Il incarne aussi le concept de 'cinéma d'auteur' poussé à son paroxysme, où la vision du réalisateur prime sur toutes les contraintes. Il reste étudié dans les écoles de cinéma pour ses innovations techniques et narratiques, et sa réputation de film maudit et génial n'a fait que grandir avec le temps.

Anecdotes

Crise cardiaque de Martin Sheen

Pendant le tournage à Philippines, Martin Sheen, en proie à l'alcoolisme et au stress, a subi une grave crise cardiaque. Coppola a caché la gravité de l'incident à la presse et aux assureurs pour ne pas arrêter la production. Certaines scènes tournées après, dont l'ouverture célèbre où Willard fait une crise dans sa chambre d'hôtel, ont été filmées alors que Sheen était encore en convalescence.

Marlon Brando non préparé et surpayé

Marlon Brando a été engagé pour un cachet faramineux (plusieurs millions) et est arrivé sur le plateau en surpoids et sans avoir lu le roman de Conrad. Coppola a dû improviser des jours de discussion philosophique avec l'acteur, filmant ces conversations, pour définir le personnage de Kurtz. La célèbre apparition de Brando dans l'ombre, au crâne rasé, est en partie due à son refus d'être filmé en pleine lumière à cause de son poids.

Le bœuf sacrifié pour une scène

Pour la scène du sacrifice rituel à la fin du film, Coppola a insisté pour qu'une tribu locale sacrifie réellement un buffle d'eau (un carabao). Cette séquence, très controversée, est authentique et a été filmée en une seule prise. Elle a valu au film des accusations de cruauté envers les animaux, bien que la pratique fasse partie des coutumes locales.

Kilgore et les Valkyries

La scène iconique de l'attaque héliportée au son du 'Ride of the Valkyries' de Wagner était dans le script initial de John Milius. Robert Duvall a largement improvisé le personnage du colonel Kilgore, notamment la réplique culte 'J'adore l'odeur du napalm le matin. Ça sent... la victoire.' L'acteur s'est inspiré d'un général de la guerre civile américaine.

Un tournage apocalyptique

Le tournage a été si chaotique que la presse parlait régulièrement du 'film maudit'. Outre le typhon et les problèmes de santé, le gouvernement philippin a fourni des hélicoptères de l'armée qui étaient régulièrement rappelés pour combattre des rebelles communistes. Coppola, au bord de la dépression, aurait un jour menacé de se suicider.

Sources

  • Documentaire 'Hearts of Darkness: A Filmmaker's Apocalypse' (1991, Fax Bahr, George Hickenlooper, Eleanor Coppola)
  • Ouvrage 'The Making of Apocalypse Now' par Eleanor Coppola (Journal de tournage)
  • Études cinématographiques : 'The Apocalypse Now Book' par Peter Cowie
  • Archives et critiques de l'époque (Cannes 1979, magazines Variety, The New Yorker)
  • Analyses techniques : 'In the Blink of an Eye' et conférences de Walter Murch sur le son et le montage
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